Le baril chute, la tension monte

Le marché pétrolier donne des signes d’essoufflement. Ce vendredi 8 août, le Brent s’échangeait à 66,56 dollars, en légère hausse de 0,20 %, tandis que le WTI reculait à 62,92 dollars. Des niveaux relativement bas, alors que les fondamentaux géopolitiques, eux, n’ont jamais été aussi tendus. Pourquoi cette baisse ? Plusieurs facteurs se conjuguent. D’abord, une accalmie relative en Ukraine a rassuré les marchés, réduisant la prime de risque intégrée aux cours du brut. L’avenir du brut dépend des négociations autour de la paix en Ukraine. Ensuite, la demande mondiale donne des signes de ralentissement, notamment en Chine où la reprise économique s’essouffle. Enfin, l’offre reste abondante : la Russie continue d’exporter massivement, écoulant son pétrole vers l’Inde et la Chine à prix cassés, malgré les sanctions occidentales. Mais ce fragile équilibre pourrait rapidement basculer. Mercredi, l’administration Trump a annoncé une surtaxe de 25 % sur certaines importations indiennes, ciblant indirectement les flux d’or noir russe, relaye Reuters. Une tentative de couper les canaux d’écoulement du brut russe hors de l’Occident, sans recourir à des sanctions classiques. Si New Delhi venait à réduire ses achats, ou si Pékin se voyait elle aussi ciblée par Washington, l’offre mondiale pourrait se tendre en quelques semaines. L’avenir du brut est donc suspendu à des décisions politiques. Pour Commerzbank, tout dépend désormais de l’ampleur des futures surtaxes américaines, en particulier envers la Chine. Si ces dernières refusent de plier, un affrontement commercial pourrait s’ouvrir. À l’inverse, un recul partiel des achats russes sous pression tarifaire pourrait faire remonter les prix, avec des analystes évoquant un seuil de 80 dollars pour le Brent, d’après (JP Morgan). Du côté de l’OPEP+, les signaux sont prudents. Le ministre du pétrole du Koweït, Tariq Al-Roumi, estime que les cours resteront contenus sous les 72 dollars à court terme, sauf rupture majeure dans les flux ou choc géopolitique (BDOR, 8 août). Moscou, de son côté, pourrait réagir en coupant certaines routes d’exportation, comme l’oléoduc CPC, faisant bondir les prix. À moyen terme, les rapports attendus de l’OPEP et de l’Agence internationale de l'énergie seront déterminants pour ajuster les prévisions sur l’offre et la demande. Mais une chose est certaine : dans ce nouveau bras de fer commercial entre grandes puissances, le pétrole redevient un instrument de stratégie, au cœur d’une partie d’échecs mondiale.


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