TikTok en Algérie: miroir des dérives

L'Algérie vit une transformation numérique à grande vitesse. Avec près de 77 % de la population connectée à Internet et plus de 54 millions de lignes mobiles, le pays surfe clairement sur la vague digitale. Pourtant, derrière cette effervescence technologique, une autre réalité, plus sombre, se dessine: celle d'une utilisation problématique, voire dangereuse, des réseaux sociaux, au premier rang desquels TikTok. La plateforme chinoise qui a vu son nombre d'utilisateurs grimper à 21,1 millions en Algérie cette année, semble être devenue à la fois un miroir et un amplificateur des dérives sociales. Le dernier rapport de TikTok est sans appel: plus de 7,2 millions de vidéos ont été supprimées en Algérie entre janvier et mars 2025 pour non-respect des règles communautaires. Un chiffre vertigineux qui place le pays, deuxième dans le monde arabe juste derrière l’Irak. Il ne s’agit pas là d’un simple ménage de printemps numérique, mais bien du symptôme d’un malaise profond. Ces contenus supprimés incluent souvent des vidéos à caractère violent, incitant à la haine ou encore des défis dangereux, très prisés par une jeunesse en quête de visibilité. Des vidéos parfois réalisées en direct, dans des Lives que TikTok a interrompus à hauteur de 19 millions dans la région, une explosion de +50% en un trimestre. Dans ce contexte, le lien avec la montée en flèche de la cybercriminalité en Algérie devient évident. Selon la Gendarmerie nationale, plus de 2.700 affaires liées à la cybercriminalité ont été traitées entre janvier et octobre 2024, une hausse de 15 % par rapport à l’année précédente. Cyberharcèlement, arnaques financières, usurpation d’identité… les réseaux sociaux sont devenus l’outil privilégié des cyberdélinquants, profitant du vide juridique, du manque de sensibilisation et de la faible culture de la sécurité numérique. L’État, conscient de ces enjeux, tente de réagir. Des forums ont été organisés récemment à Alger et Batna pour sensibiliser à la cybersécurité, notamment dans les secteurs éducatifs et financiers. La formation des jeunes à une utilisation saine du numérique devient une priorité, tout comme les cyberpatrouilles mises en place par la gendarmerie pour détecter en temps réel les infractions en ligne. L’Algérie n’est pas en retard dans la révolution numérique. Elle est en train de la vivre pleinement. Mais cette révolution ne sera bénéfique que si elle s’accompagne d’une prise de conscience collective, d’une éducation numérique généralisée et d’un renforcement de la souveraineté numérique. Faute de quoi, le monde virtuel continuera de déborder dangereusement sur la réalité, à coups de vidéos virales, de fake news et de délits invisibles.


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