Blé, stocks abondants et marchés calmes

Après l’annonce du cessez-le-feu au Moyen-Orient, le marché du blé a connu un mouvement de détente notable, traduisant la prudence et l’anticipation d’une reprise de la stabilité régionale. Jeudi sur Euronext à Paris, l’échéance de mai pour le blé de meunerie a reculé de 1,1 %, atteignant 195,50 €/t, un plus bas depuis six semaines, tandis que l’USDA a confirmé l’abondance des stocks mondiaux, renforçant la pression baissière. L’annonce par le Premier ministre israélien Netanyahu d’entamer des discussions directes avec le Liban a apaisé les craintes d’une escalade prolongée. Les investisseurs ont ainsi limité les primes de risque sur les grains, après plusieurs semaines de volatilité liée aux frappes israéliennes sur le Liban et aux tensions dans le Golfe. «Les marchés restent très sensibles à la géopolitique, aux fluctuations monétaires et aux évolutions météorologiques», a rappelé ADM Agriculture. Le pétrole brut qui avait soutenu les marchés ces derniers jours, a réduit ses gains, privant le blé d’un appui indirect. La remontée de l’euro face au dollar a accentué cette baisse, renchérissant le blé européen à l’exportation. Les données USDA ont confirmé la tendance à l’abondance : les stocks mondiaux de blé ont été relevés de 6,1 millions de tonnes pour la fin de campagne, atteignant des niveaux élevés, soutenus par une production européenne en hausse et une consommation indienne revue à la baisse. Gautier Le Molgat, PDG d’Argus Media France, note que cela confirme «la lourdeur sur le marché des céréales», tandis que Damien Vercambre, d’Inter-Courtage, souligne que ces ajustements sont ponctuels et non représentatifs d’une tendance longue. La situation météorologique contribue également à tempérer les prix. Des pluies récentes dans les Plaines américaines et des averses prévues en Russie devraient améliorer les perspectives de récolte. Dans l’Union européenne, la production de blé tendre 2026/27 est revue à la hausse, bien que les exportations soient légèrement réduites, face à des perspectives plus favorables en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Pour la France et l’Europe, la prudence reste de mise. «Pour la récolte 2027 (semis 2026), tout dépendra de la durée de la fermeture du détroit d’Ormuz et des conditions climatiques», précise Antoine Guyon, analyste d’Argus Media. Le risque d’une baisse de la «sole» pourrait être compensé par des cultures alternatives, et le déficit azoté affectant la qualité des blés meuniers reste limité. En somme, le marché reste dans un équilibre fragile : détente géopolitique, abondance des stocks et incertitudes climatiques et logistiques. Les prix du blé se maintiennent à un niveau contenu, mais les opérateurs suivent attentivement la situation pour anticiper d’éventuelles tensions sur la qualité et l’offre.


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