Récupération des fonds détournés. Un acquis stratégique pour l'Algérie

Ce qu’en pensent experts et universitaires algériens? La Suisse restitue plus de 110 millions de dollars de fonds détournés en Algérie. Dans le cadre des «commissions rogatoires» adressées par les autorités judiciaires algériennes, au sujet de la demande algérienne portant dégel et extradition de l’argent dilapidé de l’Etat, à partir des pays européens, le pays helvétique a répondu favorablement au moment où d’autres pays étrangers, sollicités par l’Algérie, sont en passe d’emboîter le pas à la Suisse, ce qui veut dire que d’autres avoirs seront transférés à l’Algérie. Pour la Suisse, l’Algérie demeure une «priorité», avait déclaré, à One TV, la secrétaire d’Etat adjointe suisse. «L’Algérie s’apprête à récupérer plus de 110 millions de dollars de fonds détournés à partir de la Suisse», a en effet annoncé un communiqué de la Présidence algérienne. Ce montant colossal récupéré par l’Algérie avait été transféré à l’étranger, sous le règne de l’ex-président Bouteflika. Et ce n’est qu’un début car «le Sésame» de l’ex-«paradis financier», parrainé par la «Issaba», soigneusement gardé au secret, pourrait bien «cracher» plusieurs autres millions de dollars de fonds expatriés illégalement.
L’extradition est une procédure complexe qui met en œuvre des dispositions normatives de droit interne et international mais quand le politique prend des mesures sur le juridique, des pays étrangers peuvent soit faire une entrave soit retarder la procédure. Malgré un environnement judiciaire international «hostile», l’Algérie a réussi à récupérer l’argent qui lui est propre grâce notamment à ses relations et au «redéploiement» de ses instances diplomatiques en poste à l’étranger. Force est de reconnaître que la voix de l’Algérie est «très écoutée» sur la scène internationale. Experts et magistrats considèrent que c’est le fruit d’un «travail rigoureux». A ce propos, des enseignants universitaires et spécialistes de l’économie des wilayas de l'Ouest ont été unanimes à partager cet avis. Ils ont estimé, lundi, que la récupération des fonds détournés constitue une démarche audacieuse est un acquis stratégique pour l'Algérie. Le doyen de la Faculté de Droit et des Sciences Politiques de l'Université «Djilali Liabès» de Sidi Bel-Abbès, le professeur Tayeb Brahim Ouis, a affirmé que la récupération des fonds détournés représente "un acquis stratégique pour l'Etat algérien car elle reflète une activation réelle des mécanismes de la justice internationale et renforce le principe de l'Etat de droit". Il a ajouté que cette démarche "ne revêt pas seulement une dimension financière, mais traduit également une volonté politique claire de lutter contre la corruption et contribue à consolider la confiance entre le citoyen et les institutions de l'Etat". Il a également souligné que les progrès réalisés dans ce dossier illustrent "l'importance de la coordination entre les appareils judiciaire et diplomatique notamment face à la complexité des procédures juridiques internationales", ajoutant que "la poursuite de ces efforts nécessite l'élargissement de la coopération internationale et l'intensification de la pression juridique sur les pays qui n'ont pas encore répondu ainsi que le renforcement du système juridique national conformément aux normes internationales de lutte contre la corruption et de récupération des avoirs". Dans le même contexte, le professeur d'Economie à l'Université d'Oran 2, Hakimi Bouhafs, a salué cette "démarche audacieuse", estimant que l'annonce de la récupération par l'Algérie de plus de 110 millions de dollars de fonds, détournés et transférés illicitement à l'étranger, constitue "un acquis important" susceptible d'ouvrir de "nouvelles perspectives d'investissement, au bénéfice du Trésor public et des citoyens". Le professeur Bouhafs a rappelé que la récupération des fonds détournés, qu'il s'agisse de comptes gelés à l'étranger ou d'entreprises liquidées sur décision de justice, a toujours figuré parmi les engagements du Président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune. De son côté, le professeur d'Economie et de Développement à l'Université «Mustapha Stambouli» de Mascara, le Dr Mohamed Kermas, a indiqué que cette mesure "reflète la bonne gouvernance et la concrétisation du principe de confiance entre l'Etat et le citoyen, consacré par le Président de la République dans ses engagements de récupération des fonds détournés". Il a ajouté que les fonds récupérés "profiteront à l'économie nationale à travers leur exploitation dans les budgets complémentaires destinés principalement au développement local ainsi qu'au soutien de plusieurs secteurs vitaux". D'autres experts en Economie et en Droit ont mis en avant l'importance des mesures juridiques prises par l'Algérie pour récupérer ses fonds et biens détournés et illicitement transférés à l'étranger, estimant qu'il s'agit là du "fruit d'un travail rigoureux mené par les institutions de l'Etat". Dans une déclaration à l'APS, le consultant international en développement économique, Abderrahmane Hadef, a estimé que le dossier de la récupération des fonds détournés constitue un dossier "des plus sensibles et complexes dans le processus de transformation économique et institutionnelle", car il "ne se limite pas à la lutte contre la corruption, mais reflète également le passage de l'Etat à une nouvelle ère fondée sur le recouvrement de la souveraineté financière et le renforcement de la crédibilité des institutions, tant au niveau local qu'à l'étranger". Il a précisé que le recours aux commissions rogatoires internationales est devenu un outil efficace dans ce domaine, citant notamment celle adressée à la Suisse, en vertu de laquelle l'Algérie récupérera plus de 110 millions de dollars. Le ministre d'Etat, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l'étranger et des Affaires africaines avait fait état, dimanche, lors de la réunion du Conseil des ministres, présidée par le Président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, de l'envoi de 33 commissions rogatoires adressées à la Confédération suisse dont 20 dossiers ont été examinés et acceptés, 04 d'entre eux, liés aux fonds détournés et gelés, ayant été définitivement traités à ce jour. En vertu de ces procédures, plus de 110 millions de dollars seront restitués à l'Algérie".


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