À l’aube de ce mois de Ramadhan 2026, la cité de la Mekerra ne se contente pas de renouer avec ses rituels séculaires ; elle réactive ce que l’on pourrait appeler «l’infrastructure morale» de la cité. L’association «Basmet Marid wal Irada »Sourire du malade et volonté), sous l’égide de sa présidente Mme Boutenzal Basmet El Amel, a lancé la 9ème édition de son opération «Couffin de Ramadhan», une initiative qui transcende la simple assistance matérielle pour devenir un véritable exercice de mémoire et de piété filiale. Placée sous l'invocation poétique «De sa demeure le bien a jailli… et par son âme le don perdure», cette édition s'inscrit dans une métaphysique du don particulièrement touchante. Il ne s’agit pas seulement de distribuer des denrées, mais d’honorer la trace indélébile laissée par le regretté Hadj Boutenzal Youcef. En convertissant son propre foyer en épicentre de l’action caritative, le défunt a instauré une forme de « bien de mainmorte » (Waqf) moderne, où l’architecture privée s’efface au profit de l’utilité publique.
Cette 9ème édition, supervisée par Mme Ghabri Djamila, Directrice de l'Action Sociale et de la Solidarité (DAS), illustre la synergie nécessaire entre les structures étatiques et le tissu associatif. Cette présence institutionnelle vient valider une rigueur organisationnelle qui, loin de l’improvisation, cible avec acuité les strates les plus vulnérables de notre corps social, familles de patients oncologiques, personnes à mobilité réduite et orphelins. Au-delà des 200 unités distribuées, le chiffre s’efface devant la portée du geste. Dans un contexte économique où la résilience est de mise, le « Couffin de Ramadhan » agit comme un régulateur de tensions sociales. Il rappelle que la solidarité algérienne n’est pas une réaction épidermique aux crises, mais une constante anthropologique.
L’efficacité de la distribution, opérée par vagues successives à travers les quartiers de la wilaya, témoigne d'une logistique du cœur parfaitement huilée. Les bénévoles, chevilles ouvrières de cette mécanique de l’espoir, ne se contentent pas de livrer des produits ; ils transportent un message de reconnaissance envers ceux que la vie a éprouvés.
La pérennité de l’association «Basmet Marid wal Irada» pose une question fondamentale sur la transmission des valeurs. En suivant la «voie de la générosité» tracée par Hadj Youcef, les responsables de l’association transforment le deuil en une force motrice. Ils prouvent que si l’homme est éphémère, l’institution du bien, elle, peut prétendre à l’éternité sociale. En somme, l’initiative de Sidi Bel Abbès en ce Ramadhan 2026 nous rappelle que la véritable richesse d’une nation ne se mesure pas à l’opulence de ses marchés, mais à la solidité des liens invisibles qui unissent ses citoyens. Un hommage vibrant qui prouve que l’âme d’un homme peut continuer à nourrir une ville, bien au-delà de son dernier souffle.
Solidarité Ramadan. L'éthique du don à Sidi Bel Abbès
- par N. Ouadah
- Le 07 Mars 2026
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