Entre guerre et récoltes record, le marché du blé hésite

Sur les marchés agricoles, la géopolitique s’invite une nouvelle fois dans les équations des traders. Depuis l’escalade des tensions entre les États-Unis et l’Iran, les marchés du blé avancent avec prudence, oscillant entre inquiétude logistique et fondamentaux encore solides. Les premières réactions ont été immédiates : à la Bourse de Chicago, les cours du blé, du maïs et du soja ont rapidement rebondi dans le sillage de la flambée du pétrole et des craintes liées au trafic maritime dans le Golfe. Pour les analystes, la nervosité du marché est surtout liée au détroit d’Ormuz, véritable artère du commerce mondial. «Le marché des grains a vécu la tension au Moyen-Orient un peu en avance», observe Gautier Le Molgat, PDG d’Argus Media France. «Le blocage du détroit d’Ormuz est problématique pour le trafic global, notamment pour les engrais», explique-t-il à Terre-net. Les mouvements restent toutefois mesurés. À Chicago, le boisseau de blé pour livraison en mai 2026 s’échange autour de 5,8 dollars, tandis que le maïs dépasse légèrement 4,5 dollars. Sur le marché européen d’Euronext, la tonne de blé oscille autour de 200 euros, un seuil devenu symbolique pour les opérateurs. Selon les analystes d’Argus Media, «l’approche de zones techniques de résistance encourage des ventes de précaution», ce qui explique des fluctuations rapides. Mais l’enjeu majeur pourrait se situer ailleurs : dans le coût des intrants agricoles. Le Golfe concentre une part essentielle du commerce mondial d’engrais azotés. Or le gaz naturel représente près de 80% du coût de production de ces fertilisants, rappelle l’analyste Sébastien Poncelet à Terre-net. Une hausse durable de l’énergie pourrait donc peser sur les prochaines récoltes. Certains experts estiment même que le marché sous-évalue ce risque. «Les prix des céréales ne reflètent pas encore totalement la hausse potentielle des coûts d’énergie et d’engrais», estime Andrey Sizov, directeur du cabinet SovEcon, spécialisé dans les marchés de la mer Noire. Selon lui, si le conflit se prolonge. Dans ce contexte incertain, les perspectives mondiales restent paradoxales. D’après la dernière note de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, la production céréalière mondiale de 2025 devrait atteindre un niveau record de 3,029 milliards de tonnes, soit une hausse de 5,6% sur un an. Les stocks mondiaux pourraient atteindre 940 millions de tonnes, avec un ratio stocks-consommation jugé «confortable» à 31,9%.


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