L’ombre de l’Iran sur le pétrole

Le marché pétrolier joue les funambules cette semaine. Les prix restent globalement stables malgré la nervosité entretenue par le conflit latent entre les États-Unis et l’Iran. Ce lundi, le baril de Brent pour livraison en avril grappillait 68,11 dollars, tandis que le West Texas Intermediate atteignait 63,60 dollars, des niveaux quasi inchangés après la chute de la semaine précédente. Cette accalmie temporaire est due aux engagements de Téhéran et Washington à poursuivre des négociations indirectes, jugées «positives» par les deux parties. Pour autant, la tension reste palpable. Environ un cinquième du pétrole mondial transite par le détroit d’Ormuz, et le ministre iranien des Affaires étrangères a averti que toute attaque américaine serait suivie de représailles contre les bases américaines dans la région. «La prime de risque iranienne ne peut être entièrement désamorcée tant que les navires de guerre américains se trouvent là où ils sont», souligne Bjarne Schieldrop, analyste chez SEB. Arne Lohmann Rasmussen, de Global Risk Management, complète : «Les spéculateurs restent nerveux, compte tenu de l’incertitude persistante sur l’issue des discussions». Sur un autre front, la guerre en Ukraine et les sanctions occidentales sur le pétrole russe ajoutent une couche de complexité. La Commission européenne a annoncé un 20e train de sanctions visant les services maritimes et les prestations essentielles qui soutiennent les exportations russes, tout en surveillant les tentatives de contournement via la Chine, l’Inde et d’autres pays (Business AM). Les raffineurs indiens, historiquement gros acheteurs de pétrole russe, ralentissent leurs achats, créant un plancher haussier sur le marché, même si aucune décision officielle n’a été signée, tempère Schieldrop. Pendant ce temps, certains producteurs reprennent des couleurs. Le champ géant de Tengiz au Kazakhstan, géré par Chevron, a retrouvé 60 % de sa production maximale et vise la pleine capacité d’ici le 23 février, contribuant à stabiliser l’offre. Entre négociations diplomatiques, sanctions occidentales et ajustements de production, les marchés pétroliers naviguent à vue. Comme le rappelle Rasmussen, «une grande partie de l’offre excédentaire sera absorbée par les achats stratégiques de la Chine», ce qui tempère les risques de flambée soudaine des prix. Une stabilité précaire, en somme, où chaque geste diplomatique ou décision stratégique peut faire vaciller l’équilibre mondial de l’or noir.


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