Vieux bâtis. Dysfonctionnement urbain et échec administratif

A Oran, le phénomène des bâtis menaçant ruine ne relève plus d’un simple dysfonctionnement urbain, mais d’un échec administratif manifeste. Derrière les façades fissurées et les immeubles délabrés se cache une décision lourde de conséquences: la décentralisation du service chargé du recensement et du suivi de ces constructions à haut risque. Pendant des années, ce dossier sensible était géré par la PCU (Protection civile urbaine communale). Le travail se faisait de manière centralisée, avec des inspections régulières, une cartographie claire des immeubles dangereux et un suivi rigoureux des décisions d’évacuation. Le système, bien que perfectible, fonctionnait. La prévention primait et la coordination entre services permettait d’anticiper les drames. Mais depuis le transfert de cette mission aux délégations communales, par arrondissement, la situation s’est gravement détériorée. Chaque structure travaille désormais en vase clos, sans vision globale ni véritable coordination. Le recensement est incomplet, le suivi quasi inexistant et les décisions souvent laissées sans application. Cette fragmentation a ouvert la porte à l’anarchie administrative. Plus inquiétant encore, des immeubles pourtant évacués pour danger imminent sont aujourd’hui squattés. Des familles, parfois même des individus sans droit ni titre, réoccupent des bâtis déclarés inhabitables, au mépris total des règles de sécurité. Comment expliquer que ces situations perdurent sans intervention? Comment justifier ce silence face à un risque avéré pour la vie humaine? Dans certains cas, la question d’une complicité passive, voire active, se pose. Car il est difficile d’admettre qu’un tel laxisme puisse exister sans regards détournés, sans tolérances suspectes. Le danger est pourtant bien réel: chaque fissure ignorée, chaque immeuble squatté est une menace permanente, prête à se transformer en drame. À Oran, la gestion des bâtis menaçant ruine est passée d’un dispositif de prévention à une bombe à retardement. Tant que ce dossier ne sera pas repris avec sérieux, responsabilité et autorité, la ville continuera de frôler la catastrophe, au prix de vies humaines que l’on prétend pourtant vouloir protéger.


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