Pour une réforme urgente de la gestion des cimetières
Par Hadj Med Krelifa
Pendant trop longtemps, ces lieux sacrés ont été considérés comme des «vases clos», délaissés par les services concernés, une fois l'inhumation accomplie. Aujourd'hui, le constat est alarmant: les allées sont envahies par les herbes folles et les détritus s'amoncellent. Plus grave encore, les pluies exceptionnelles de cette saison ont mis à nu la faiblesse de la gestion du terrain: les affouillements causés par l'érosion ont menacé l'intégrité même des sépultures, une situation moralement et techniquement insupportable. Par ailleurs, nous constatons avec amertume qu'au lieu d'investir dans des structures durables et dignes, on continue à "bricoler" en réalisant, par exemple, des préaux avec des tôles métalliques.
En l'absence d'un lieu où l'architecture arabo-musulmane devrait en principe dominer pour offrir un espace de prière apaisant, ces installations de fortune jurent avec la solennité des sites. Elles portent atteinte au recueillement des proches et des familles et des amis rendant l'épreuve du deuil encore plus pénible. Si la population répond présent par des campagnes de volontariat, les responsables doivent comprendre que le bénévolat n’est pas une fin en soi. Il ne peut en aucun cas se substituer à l'administration communale ni pallier durablement les carences de l'APC. Sur la base des chiffres de la Direction de la Santé -1.100 décès en 2025 pour une population de 236.150 habitants- il est impératif de professionnaliser ce service public par la création d’une direction funéraire: une structure dédiée et dotée d’un budget idoine, chargée de la maintenance technique des quatre cimetières et de l'organisation des obsèques. L'usage de moyens mécaniques adaptés (motoculteurs, pulvérisateurs) salle d’ablution, sonorisation et des travaux de consolidation des sols pour prévenir les aléas climatiques. La vision paysagère et architecturale reste un impératif à l'image du projet visionnaire initié par le Cheikh Khaled (Zaouia Allaouia) pour le cimetière de Sidi Maazouz. Il est alors opportun de privilégier une esthétique respectueuse de notre identité. Pour rappel, le dossier d'esquisse de ce projet a déjà été présenté à divers walis successifs pour suite et attribution à donner, selon les moyens de la wilaya. Face à la saturation imminente du cimetière Benhaoua, le nouveau site doit être organisé avec la rigueur et l'ordre observés au cimetière d'Oran en exemple, pour mettre fin à la cacophonie actuelle. Aussi, la gestion de nos morts est le reflet de la dignité des vivants. Il reste à espérer l’assentiment des responsables pour que Mostaganem honore enfin ses défunts et leurs familles avec la modernité et le respect qu'ils méritent.
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L’impératif sauvegarde du patrimoine
Par L. Abdelmadjid
Dans un communiqué adressé aux médias locaux, les membres du Collectif de la défense du patrimoine matériel et immatériel de la wilaya de Mostaganem, ont évoqué la situation du patrimoine qu’ils estiment, ne pas être prise en charge comme il le faut. Un demi-siècle après, le Collectif revient sur les dommages causés aux médinas de la ville de Mostaganem, soit Edderb, Tobbana et Tigditt. Pour cela, il persiste surtout à signaler l’entorse faite à la loi. En revanche, le président a affirmé qu’à partir des années 90, voilà qu’un Collectif d’associations s’engage à défendre le développement durable, revendiquant ainsi la préservation du vieux bâti comme patrimoine. Selon le communiqué, cette démarche militante est survenue juste après la hasardeuse démolition de 1988 d’une partie du Derb comme première étape. Cette action, non concertée, a fait couler beaucoup d’encre mais l’indifférence des autorités de l’époque a laissé des séquelles irréparables. Après quoi, rapporte le document, l’objectif était de démolir tout le Derb et Tabana, soit les deux médinas annexées l’une à l’autre. L’intention occulte, lit-on, était de récupérer le foncier de ces assiettes pour réaliser des immeubles, piétinant ainsi l’histoire d’une ville cernée par les murailles turques. Cependant, plusieurs années après, le Collectif est monté au créneau pour revendiquer la réhabilitation du patrimoine historique culturel et du vieux bâti. Mais les membres du Collectif ont la foi comme un serment retentissant pour continuer à lutter contre l’indifférence et le laisser-aller. Pour ces bénévoles, c’est un combat pacifique mais qui a porté ses fruits puisque la lutte s’est soldée par l’obtention du décret du 15 juillet 2015 mettant en place le plan de sauvegarde et de valorisation de tout le périmètre des quartiers Derb, Tabana et le vieux Tigditt. Entre autres, le communiqué indique que l’étude est scindée en quatre zones, la première englobe les quartiers «El Arsa» et «El Matmar», la deuxième «Tabana», «Derb» et «El Karia», la troisième «Tijditt», «Souika Fougania», «El Maksar», «Titelguine» et «Kadouss El Meddah» et la quatrième «Oued Aïn Sefra» et «El B’haïr». Finalement, on apporte que ce plan va permettre de financer les projets de réhabilitation. Sur proposition du Collectif pour la défense du patrimoine matériel et immatériel, un modèle de circuit, à la fois culturel et touristique à travers lequel des actions de réhabilitation seront réalisées. Tout semble indiquer que l’objectif escompté est de faire de la Casbah de Mostaganem qui abrite un nombre de sites historiques, un pôle touristique d’excellence.
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Argile et Tablette. La résistance silencieuse de la femme mostaganémoise
Par H. MED Soltane
Derrière le tumulte de l'histoire coloniale, se cache une épopée plus intime, mais tout aussi héroïque: celle du quotidien des femmes algériennes. Véritables gardiennes du temple de l’identité, elles ont mené une lutte de chaque instant, sans fusils ni discours, mais avec la force de leurs mains et la ferveur de leur foi. À travers ce voyage au cœur du foyer traditionnel, nous découvrons comment deux piliers -l’école coranique pour l’esprit et l’artisanat domestique pour la survie- ont formé un rempart infranchissable contre l’acculturation. De la tablette de bois de la Chréa au rythme sourd du moulin en pierre (Er-Rha), ce récit rend hommage à ces ingénieures de la terre et artisanes de la liberté. Ces femmes de la région, inspirée de la ruralité, ont su transformer chaque geste quotidien en un acte de souveraineté absolue, prouvant que l’âme d’un peuple reste invincible, tant que son foyer demeure le sanctuaire de sa culture.
L'Aube de la Résistance: Le Savoir et la Terre
Le soleil n'a pas encore franchi les crêtes de la montagne que la maison s'éveille déjà. Dans l'obscurité, on entend un son rythmé, sourd et puissant: c’est le moulin en pierre (Er-Rha). Accroupie, la mère transforme l'orge en une poussière dorée. Ce geste est le premier acte de résistance: nourrir les siens sans rien demander à l'occupant. Pendant ce temps, les enfants se précipitent à la mosquée coranique. Munis de leur loha (tablette), ils apprennent à tracer les lettres à l'encre traditionnelle. En préservant la langue arabe, ils forgent un lien indestructible avec leur histoire, empêchant l'assimilation totale et préparant le terrain intellectuel de l'indépendance.
L'Ingéniosité domestique: l'Art de l'Autonomie
La maison traditionnelle était un cycle complet de création: la Chekoua: cette peau de chèvre tannée, suspendue au trépied, transformait le lait en beurre et en petit-lait (L'ben) au rythme d'un barattage matinal.
La Poterie Sacrée:
Sans tour de potier, les femmes extrayaient l'argile des montagnes, la pétrissaient et façonnaient le Mehleb, la Gasaa et le Tajine. Chaque ustensile, décoré de motifs berbères, était un défi lancé à la colonisation: "Nous tirons tout de notre propre terre". Le Feu de la Dignité: Le pain cuisait dans le four en terre (Tabouna), emplissant l'air d'une odeur de subsistance qui bravait les privations de l'époque.
Conclusion: Un Héritage de Dignité
En définitive, l’histoire de la femme algérienne durant la période coloniale ne se lit pas uniquement dans les livres de stratégie militaire, mais se devine dans la texture d’une poterie ou dans l’écho d'un verset récité à l'aube. Ces femmes n'ont pas seulement survécu à l'oppression; elles ont maintenu vivante l'idée même de la nation. Chaque grain de blé moulu, chaque jarre façonnée et chaque enfant guidé vers le savoir constituaient des victoires invisibles mais décisives. Aujourd'hui, se souvenir de ces gestes, ce n'est pas simplement cultiver la nostalgie; c'est honorer une leçon de résilience universelle. C'est reconnaître que la liberté commence là où l'on refuse d'oublier qui l'on est. À nous, désormais, de porter ce flambeau et de faire fructifier cet héritage de terre et d'esprit.



