Patients atteints du cancer. Rencontre régionale à Sidi Bel-Abbès

Le cadre feutré de l’hôtel «Beni Tala» à Sidi Bel-Abbès a accueilli, ce samedi, un dialogue de haute intensité institutionnelle et citoyenne. Sous l’égide de la Fédération Algérienne des Associations de Patients Atteints du Cancer (FAAPAC), la rencontre régionale de l’Ouest a transcendé le simple cadre associatif pour devenir un véritable laboratoire d’idées, visant à refonder le parcours de soins du patient cancéreux autour de trois piliers: la synergie nationale, l’équité thérapeutique et l’informatisation systémique. Dans un contexte où la pathologie cancéreuse impose une course contre la montre, Mme Hamida Kettab, représentante de la Fédération, a plaidé pour une rupture avec les approches «silotées». L’ambition est claire, transformer les heurts logistiques de 2025, en leviers de réussite pour 2026. Cette «feuille de route» pour l’Oranie et ses environs — incluant Tlemcen, Aïn Témouchent, Mascara, Saïda et Mostaganem — ne se contente plus de demander des soins; elle exige une synergie d’action où l’Association devient le tuteur indispensable du patient, un médiateur entre la détresse humaine et la complexité administrative. L’un des points nodaux de cette rencontre fut l’appel pressant à la généralisation du dossier médical électronique (DME). Au-delà de l’aspect technique, l’informatisation des services d’oncologie est perçue comme un outil de justice distributive. En assurant une traçabilité rigoureuse des actes et une gestion transparente des stocks, la plateforme numérique devient le garant d’une maîtrise des dépenses et d’une performance accrue.
«Le service d'oncologie doit disposer d'une architecture numérique propre, capable de refléter la singularité de chaque protocole thérapeutique», ont insisté les experts présents. Si l’accès à l’immunothérapie et aux traitements de dernière génération représente une lueur d’espoir, le contraste avec la réalité du terrain demeure saillant. Le Pr Yakrou, du Centre Anti-Cancer (CAC) de Sidi Bel-Abbès, a mis en exergue une distorsion préoccupante dans la répartition des ressources humaines. Tandis que le CAC lutte avec un effectif réduit de six oncologues pour assurer une garde permanente et des soins palliatifs, des ressources mobilisables ailleurs pourraient, par une réaffectation stratégique, soulager cette «épreuve d’endurance» que subissent soignants et familles. Le débat a également pris une tournure juridique capitale. Les représentants de la CNAS et de la DAS ont pointé du doigt les limites des cadres actuels. L’appel à la modification des articles 4 et 5 relatifs à l’assuré social et à l’allocation forfaitaire de solidarité (AFS) n'est pas qu'une requête administrative; c'est une nécessité pour aligner la loi sur les instructions présidentielles visant à protéger les malades non assurés. L’inactivation persistante du fonds du cancer et l’absence de structures dédiées aux soins palliatifs ont été dénoncées comme des angles morts qu'il convient de résorber d'urgence. La rencontre s'est conclue sur une série de recommandations qui seront portées devant les ministères de la Santé et du Travail.


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