El Mouafkia (Chlef). La région sombre dans la soif

Alors que la crise de l’eau s’intensifie dans la wilaya de Chlef, les habitants de la région d’El Mouafkia lancent un cri d’alarme. Entre souvenirs d’un passé hydrique stable et réalité actuelle marquée par des coupures répétées, la population réclame un retour à un système d’alimentation qui a longtemps fait ses preuves. Face à la dégradation continue du service public de l’eau potable, les habitants d’El Mouafkia brisent le silence. Leur témoignage collectif se veut à la fois un constat amer et une revendication urgente : réhabiliter l’alimentation en eau à partir des forages locaux, seule solution jugée fiable et durable pour la région. Longtemps, El Mouafkia a été citée en exemple en matière d’approvisionnement en eau, grâce à la richesse de son bassin hydrique souterrain. Les habitants rappellent plusieurs étapes clés de cette période de stabilité. Dans un premier temps, l’alimentation était assurée par un puits artésien situé à proximité de la route de l’aéroport et de la base aérienne. La distribution se faisait alors de manière régulière, sans perturbations majeures. Par la suite, le relais a été assuré par le puits du stade de proximité, puis par celui appartenant à la famille Ben Tayeb. Ces deux forages ont malheureusement été mis hors service en raison de problèmes techniques liés à la remontée de sable. Le point culminant de cette expérience reste toutefois le forage d’un second puits en dehors du périmètre de la route de l’aéroport. Cette phase est encore qualifiée par les habitants «d’âge d’or»: l’eau arrivait dans tous les foyers de façon régulière, à l’exception de deux jours par semaine, et ce même lors des conditions climatiques les plus difficiles, marquées par des tempêtes ou de fortes chutes de neige. La situation a radicalement changé depuis le raccordement de la région au système d’alimentation en eau dessalée. Selon les habitants, cette transition a marqué le début d’une véritable régression. El Mouafkia est retombée dans une réalité que beaucoup comparent aux années 1980 : coupures prolongées, instabilité chronique de la distribution et dépendance à des sources lointaines. Une situation d’autant plus incompréhensible que la région repose sur un bassin hydrique réputé riche et abondant. «Nous vivons au-dessus de l’eau, mais nous souffrons de la soif», résument les riverains, dénonçant une contradiction flagrante entre le potentiel naturel de la région et la gestion actuelle du secteur. Les habitants d’El Mouafkia assurent ne pas revendiquer l’impossible. Leur demande est simple et pragmatique : revenir à l’exploitation des forages locaux, qui ont longtemps constitué un véritable filet de sécurité hydrique. L’expérience passée a démontré, selon eux, que cette solution était plus efficace, plus stable et mieux adaptée aux besoins réels de la population. À travers cet appel, les citoyens espèrent attirer l’attention des autorités concernées sur l’urgence de la situation et sur la nécessité de reconsidérer les choix opérés en matière de gestion de l’eau. «Notre région est riche de ses ressources hydriques. Ne nous condamnez pas à la soif alors que l’eau est sous nos pieds», concluent-ils, dans un message qui se veut à la fois un avertissement et un appel à la responsabilité.


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