L'immense gisement de fer de Gara Djebilet, découvert en 1952, dans la wilaya de Tindouf, est resté inexploité depuis. Une énigme industrielle qui a duré plus de sept décennies. Ce n'était pas un simple oubli mais une accumulation de verrous technologiques, géographiques et géopolitiques, qui rendait l'exploitation impossible, selon le Dr Samir Rouabhi, dans une contribution intitulée: "Gara Djebilet: 70 ans pour résoudre l'équation" publié sur Algérie-dz.com. Ainsi donc, l'entreprise FERAAL a lancé un appel à candidatures ciblé qui a mené à la signature d'un partenariat stratégique avec le consortium chinois CMGI (incluant Metallurgical Corp of China et Heyday Solar). En 2014, pour rappel, l'État algérien a créé la Société Nationale du Fer et de l'Acier (FERAAL) pour piloter spécifiquement ce dossier. Ce modèle de co-entreprise a permis de lancer l'exploitation effective de la mine Ouest. De 2014 à 2020, cette phase de prise de conscience est intervenue après l’échec de ses appels à manifestation d’intérêt, ce qui a conduit l'État algérien à prendre conscience d'une évidence: l’État va devoir s’impliquer beaucoup plus dans le projet, pas juste attribuer l’exploitation d’une mine à un soumissionnaire. La période de 2021 à 2025 a vu l'accélération finale du processus pour rendre le projet enfin opérationnel. Le défi est de transformer un minerai à 57% de fer et 0,8% de phosphore en un acier propre. La véritable percée a eu lieu en 2022. La révolution technique ira dans le sens de transformation de la «terre» en acier. Pour la réussite du projet en gestation, l'Algérie a opté pour un schéma industriel «complexe» impliquant la mine, Béchar et Oran (Bethioua). Un complexe sidérurgique est en cours de construction pour produire des rails et profilés, utilisant une partie du minerai localement. Ce schéma industriel complexe sera une vraie solution pour concrétiser le projet. Parallèlement, le problème du transport a été résolu par l'État qui a pris en charge le projet ferroviaire. ANESRIF (Agence Nationale d'Études et de Suivi de la Réalisation des Investissements Ferroviaires) a divisé la ligne titanesque Béchar-Tindouf-Gara Djebilet en plusieurs tronçons. Ces marchés ont été attribués via des consultations restreintes et des ententes directes à de grands groupes publics algériens (Cosider) associés au géant chinois CRCC, scellant ainsi le destin industriel du projet pour une entrée en production massive prévue à l'horizon 2026. La ligne nord existe entre Béchar et Oran de 700 km. La ligne ferroviaire Béchar-Tindouf-Gara Djebilet (950 km) est la clé de voûte. Sa livraison fin 2025, permettra de passer d'une production anecdotique de quelques centaines de milliers de tonnes à l'échelle industrielle (plusieurs millions de tonnes/an). Le train divise le coût de transport par 10 et multiplie les volumes par 100. L'attente de 50 ans pour faire démarrer ce gigantesque projet en gestation s'explique par le pragmatisme économique puisque ce n'est que récemment que le prix du fer a flambé et que les technologies de déphosphoration sont devenues matures, rendant l'investissement lourd enfin rentable. La véritable percée a eu lieu en 2022 pour tendre ce méga projet opérationnel. Entre 2022 et 2025, l'Algérie n'a pas attendu le train ou la voie ferrée. Des centaines de camions ont fait la noria entre la wilaya de Tindouf et le Nord (plus de 1600 km !) dont l'objectif est de tester la logistique et fournir du minerai "brut" aux usines du Nord et aux partenaires chinois pour des tests industriels grandeur nature. Les tests ont été concluants. Les hauts fourneaux d'El Hadjar et les unités de Tosyali ont réussi à intégrer ce minerai dans leur mix, validant les procédés de déphosphoration. Cependant, le transport par camion n'est pas rentable à long terme (trop cher, trop polluant, volumes trop faibles). En conclusion, «l'entrée en production massive en 2026 marquera la fin de cette "malédiction" du phosphore et le début de l'indépendance sidérurgique de l'Algérie», a conclu le Dr Samir Rouabhi.



