Cette année, l’Algérie peut respirer un peu plus sereinement: les précipitations abondantes ont fait bondir le taux de remplissage des barrages à plus de 41 %, certains atteignant même leur capacité maximale. Des sites comme Kissir et Boussiaba à Jijel, Oued Tah à Mascara ou Mexa à El-Tarf, offrent désormais un volume d’eau confortable, éloignant le spectre du stress hydrique qui frappait le pays les étés précédents. Mais derrière cette embellie se cache un défi persistant: l’envasement. Ce phénomène naturel, aggravé par l’âge des barrages et les activités humaines, réduit progressivement leur capacité et menace la sécurité hydrique. L’exemple du barrage d’Oued El Fodha, envasé à 56 % après près d’un siècle d’activité, illustre bien le problème. «Le vrai défi ici n’est pas la vase, mais la faible pluviométrie», souligne le ministre de l’Hydraulique, Taha Derbal. Pour faire face à cette menace, le gouvernement a mis en place une stratégie nationale rigoureuse. Le désenvasement, opérations techniques et coûteuses (environ 600 DA/m³), se poursuit à grande échelle : plus de 30 millions de m³ de vase doivent être extraits cette année des barrages stratégiques, de Mascara à M’sila, de Skikda à Béchar. Les méthodes incluent des barges spécialisées et l’aménagement de berges, permettant de nettoyer efficacement les retenues sans interrompre l’approvisionnement. Parallèlement, des campagnes de reboisement des bassins-versants et un suivi permanent de l’envasement viennent compléter la stratégie. L’objectif est clair : préserver la capacité des barrages, assurer l’eau potable aux citoyens et sécuriser l’irrigation de milliers d’hectares agricoles. Mais l’avenir ne se limite pas aux barrages existants. La construction de nouvelles retenues et le développement des stations de dessalement d’eau de mer s’inscrivent dans une vision plus ambitieuse : doubler la part d’eau dessalée pour répondre aux besoins croissants et garantir la résilience face aux changements climatiques. L’Algérie entre donc dans une phase cruciale : les barrages sont pleins, mais le travail pour les protéger et augmenter les réserves d’eau ne s’arrête jamais. Entre pluies salvatrices et lutte contre la vase, la sécurité hydrique du pays dépend de la vigilance et de l’investissement continu dans ce patrimoine vital.



