Le dollar tangue, se redresse parfois, puis rechute. Depuis plusieurs mois, le billet vert donne le ton d’une instabilité financière plus large, oscillant entre rebonds techniques et affaiblissement structurel. Vendredi encore, la devise américaine s’est brièvement appréciée, portée par des données d’inflation plus fortes que prévu et par l’annonce de la nomination de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale. Mais derrière ce sursaut, la tendance reste fragile, presque fébrile. Selon Reuters, l’indice du dollar a gagné 0,57 % sur la séance, mais restait en route vers une deuxième semaine consécutive de baisse et un troisième mois de repli d’affilée. Une volatilité qui reflète moins la conjoncture immédiate que le trouble persistant des investisseurs face aux orientations politiques et monétaires américaines. La vision de Donald Trump joue ici un rôle central. Le président américain ne cache pas sa préférence pour un dollar plus faible, qu’il juge favorable à la compétitivité des exportations et à son agenda protectionniste. « Un dollar faible rend les exportations plus attractives, mais renchérit les importations », rappelle Oren Klachkin, économiste chez Nationwide, cité par l’AFP. Un arbitrage assumé par la Maison Blanche, mais loin de faire l’unanimité sur les marchés. Car un dollar affaibli est aussi le symptôme d’un doute. Doute sur la discipline budgétaire américaine, sur la trajectoire des déficits, sur l’indépendance de la Fed. « Les seuls commentaires qui comptent sont ceux de Trump », observe Adam Button, analyste en chef chez InvestingLive, soulignant la sensibilité extrême du marché des changes aux signaux politiques. La nomination de Kevin Warsh, ancien gouverneur de la Fed, a brièvement rassuré. Perçu comme favorable à des taux plus bas mais sans basculer dans un assouplissement agressif, il incarne une forme de compromis. « C’est un faucon déguisé en colombe », résume Brian Jacobsen, chef économiste chez Annex Wealth Management, cité par Reuters. Suffisant pour stabiliser durablement le dollar ? Rien n’est moins sûr. Sur les marchés, les effets sont déjà visibles. Un dollar plus faible soutient les actifs risqués et les marchés émergents, mais alimente la hausse des prix des importations et renforce l’attrait pour les valeurs refuges, comme l’or, dont la flambée récente traduit une perte de confiance relative. L’avenir du dollar se jouera donc moins sur un chiffre d’inflation ou une nomination que sur une équation politique plus large : crédibilité budgétaire, clarté commerciale et indépendance monétaire.



