Quel est l’âge propice et facile aux violences? C’est l’enfance. Ce n’est pas évident d’être enfant, dans une société où la domination de l’adulte est parfois sujette à controverse sauf quand cette violence dépasse les bornes, il y a certainement de quoi se faire pousser les cheveux. Les chiffres sont effarants. En Algérie, plus de 13.000 enfants passent annuellement devant les tribunaux, plusieurs subissant des actes de violence, de maltraitance même par leurs propres proches. Longtemps considéré tabou, le phénomène des agressions sexuelles contre les mineurs est en train de faire parler de lui ces dernières années. Qu’est-ce qui a fait que ce phénomène soit médiatiquement remonté en surface et que les professionnels de la santé et les spécialistes de la protection de l’enfant soient aussi tenaces et persévérants à le dénoncer?
Ce que viennent de dévoiler au grand jour les professionnels de la santé de l’enfance, a de quoi, en effet, tirer la sonnette d’alarme. En effet, «plus de 300 enfants sont la cible de violences sexuelles dans un seul hôpital en Algérie». Cette frange, classée vulnérable de la société, est devenue une proie facile aux atteintes multiples et gravissimes, ce qui explique qu’elle ne dispose pas de moyens pour s’en défendre. Indéniablement, cette forme de violence contre les enfants a pris des proportions alarmantes. Cette violence se diversifie, tous azimuts, contrairement au passé où les atteintes étaient souvent d’ordre psychologique comme le châtiment, la punition etc… Force est de constater aujourd’hui que ces violences ont dépassé tout entendement, allant d’une simple chamaille ou altercation physique jusqu’aux agressions sexuelles, en passant par les accidents de la route, les atteintes corporelles, coups et blessures, négligences, abandons etc… Toutefois, ce sont les agressions sexuelles qui accaparent le plus, ces dernières années, les projecteurs des analystes de bureaux sociaux et d’assistance de l’enfance au-delà des coups et blessures, abus psychologiques ou la brutalité répétée. En un mot, ces nouvelles formes de violence touchent progressivement et continuellement des enfants en raison de leur haute fragilité mentale et psychologique mais aussi parce qu’ils ne sont pas aussi «armés» que les adultes. Longtemps relégué au silence, ce phénomène suscite aujourd’hui une inquiétude croissante chez les professionnels de la santé et de la protection de l’enfance. Le professeur Rachid Belhadj, chef de service de médecine légale au CHU «Mustapha» d’Alger, a mis les points sur le «I». Il a récemment levé le voile sur une réalité particulièrement acerbe et navrante qui se répand dans la société algérienne. Lors d’une déclaration accordée à Ennahar TV, le professeur a indiqué que son service enregistre entre 320 et 334 cas de violences sexuelles sur des enfants mineurs chaque année et ce, uniquement au niveau de cet hôpital. Ces données ne représentent donc qu’une partie de la réalité nationale, beaucoup de cas n’étant pas signalés ou pris en charge par les structures spécialisées. Ce constat met en évidence l’ampleur du problème et la nécessité d’une mobilisation plus large. Selon le Pr Belhadj, les accidents de la route constituent la première cause de traumatismes graves chez les enfants. Viennent ensuite les coups et blessures volontaires, souvent commis dans le cadre familial ou dans l’environnement proche de l’enfant. L’école n’est pas épargnée, puisque certains mineurs y subissent également des formes de violence physique ou psychologique. Le médecin légiste souligne également l’impact des conflits conjugaux sur les enfants. Dans certains cas de divorce, l’enfant devient un moyen de pression ou un enjeu juridique entre les parents, ce qui l’expose à une grande détresse émotionnelle. Les spécialistes alertent sur les effets à long terme de ces violences. D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les traumatismes subis durant l’enfance peuvent perturber durablement le développement du cerveau et du système nerveux. Les enfants, victimes de maltraitance, sont davantage exposés à des troubles psychologiques tels que l’anxiété, la dépression ou des troubles du comportement. Ils rencontrent souvent des difficultés scolaires et peuvent, à l’adolescence, faire face à des situations sociales fragiles, comme l’exclusion, l’instabilité ou la précarité. Dans certains cas, les violences physiques entraînent des handicaps durables, aggravant les risques de marginalisation. Face à ce fléau, une unité spécialisée de prise en charge des enfants victimes de violence a été mise en place au CHU «Mustapha».
Dotée de moyens médicaux et psychologiques adaptés, elle permet d’assurer un accompagnement global des victimes. Les parents bénéficient également d’un suivi psychologique afin de mieux comprendre et gérer les répercussions de ces traumatismes. La maltraitance infantile regroupe toutes les formes de violences physiques, émotionnelles ou sexuelles, infligées à des personnes de moins de 18 ans. Selon l’OMS, trois enfants sur quatre dans le monde y sont confrontés à des degrés divers. En Algérie, ces chiffres rappellent l’urgence de renforcer la prévention, le signalement des abus et la protection juridique des mineurs. La lutte contre les violences faites aux enfants demeure un enjeu collectif qui engage les familles, les institutions, l’école et la société dans son ensemble.
Plusieurs formes de maltraitance touchent les enfants en Algérie. Les chiffres révélés par le Pr Belhadj
- par B. Habib
- Le 20 Janvier 2026
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