Le livre, un enjeu national

A l’hôtel Sheraton, Malika Bendouda, ministre de la Culture, a ouvert le Forum du livre, en affirmant que le livre reste «un espace ouvert de connaissance et de dialogue» et «un pilier fondamental de la construction de la conscience individuelle et collective». Elle a souligné l’importance d’une «nouvelle stratégie nationale» qui tient compte des mutations de l’édition, papier et numérique et qui mobilise tous les acteurs (créateurs, éditeurs, artisans). Selon elle, le livre doit retrouver sa place dans les bibliothèques, les clubs de lecture et les espaces culturels pour rapprocher la création du lecteur. Sur le terrain, les professionnels alertent sur les difficultés persistantes. Lors du 26e Salon international du livre d’Alger en 2023, Azzedine Guerfi dénonçait la raréfaction des librairies: «Le lectorat algérien est de plus en plus âgé. Il faut doter les bibliothèques scolaires et publiques de budgets pour que les lecteurs trouvent des livres». Amar Ingrachen soulignait un marché «parasité par les importateurs» et Sofiane Hadjadj mettait en garde contre la hausse du prix du papier, qui fait passer le prix du roman à plus de 1.000 DA. Dalila Nadjem évoquait la «résistance» des éditeurs, passionnés mais fragilisés par les crises économiques et logistiques. Pourtant, le secteur montre des signes d’élan. Ahmed Madi, président du SNEL, rappelait, en 2025, l’importance de la gratuité des stands et de la tenue de Salons dans tout le pays, tout en annonçant des accords internationaux pour exporter le livre algérien vers l’Égypte, Oman, le Qatar et la Tunisie. Les acteurs du secteur arabe et africain appellent à renforcer la traduction, la formation et les infrastructures pour donner une visibilité internationale aux œuvres. Selon eux, soutenir le livre, améliorer la diffusion et promouvoir la lecture sont essentiels pour former les lecteurs de demain. Dans ce contexte, le message de la ministre Bendouda est clair: «Le livre est un vecteur de conscience et d’émancipation». L’Algérie, malgré ses contraintes économiques et logistiques, s’engage ainsi à reconstruire son industrie du livre, en combinant tradition, innovation et ouverture sur le monde. Face à ces défis, le consensus est clair: l’Algérie a besoin d’une politique nationale du livre, d’un réseau solide de bibliothèques et de librairies et d’un soutien économique aux éditeurs pour garantir un accès équitable à la culture écrite et former les lecteurs de demain.


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