Donald Trump brandit la menace des droits douaniers contre les pays opposés à son acquisition du Groenland. Le président américain brave les dangers, en décidant la conquête de l’archipel danois au moment où à l’opposé, le Congrès américain se montre solidaire du Danemark et de l’OTAN. Une position diluante et contradictoire qui témoigne une nouvelle fois du «fossé» entre l’organisation de l’Alliance atlantique et l’administration américaine sur des questions géostratégiques. Alors que Donald Trump se met à rêver de faire du Canada et du Mexique ses 51 et 52ème Etats de l’Amérique ou encore d’annexer le Groenland, l’Europe se met en ébullition, flairant, en l’appétit démesuré du président américain, une tentative de reconfigurer la carte de l’Europe du Pole nord et les frontières des Etats Unis. Pourquoi un tel engouement pour cette île sise à l’Est de l’archipel l’Arctique au Nord-Est de l’Amérique du nord? Pour le président américain, il s’agit d’un impératif de sécurité nationale. L’Europe ne l’entend pas de cette oreille et a d’ores et déjà envoyé ses troupes pour contrer son projet au moment où des observateurs estiment que l’envoi des troupes du vieux continent «n’a aucun impact sur la décision de locataire de la Maison Blanche». Le président US a menacé, vendredi, de droits de douane, les pays qui ne soutiendraient pas son plan pour acquérir le Groenland. A contrario où une délégation bipartisane du Congrès américain est à Copenhague pour une visite de soutien au Danemark et au Groenland. Trump se veut ferme et sans ambages au moment où l’Europe projette de lui faire front. "Je vais peut-être imposer des droits de douane sur des pays s'ils ne jouent pas le jeu sur le Groenland, parce qu'on a besoin du Groenland pour la sécurité nationale", a déclaré le président américain, lors d'une table ronde à la Maison Blanche. En réitérant son intention d'intégrer ce territoire autonome de l'Arctique, Trump espère faire pression sur l’Europe en lui cédant peut-être des parts plus conséquentes du marché pétrolier, malgré la fin de non-recevoir du Danemark, pourtant pays allié des Etats-Unis, en tant que membre de l'Otan. Les déclarations du président américain font suite à l'annonce d'un renfort de la présence militaire danoise au Groenland et de l'envoi d'une mission militaire européenne de reconnaissance. Pourquoi tout le monde veut le Groenland? Quatre fois plus grand que la France (2,1 million de kilomètres carrés) et couvert à 80% de glace, cette île est soupçonnée d’abriter des gisements énergétiques endormis sous la mer. C’est un couloir stratégique voire une autre alternative pour les bateaux vers l’Europe. Depuis son retour au pouvoir, il y a un an, Donald Trump évoque régulièrement la prise de contrôle de l'immense île arctique rattachée au Danemark, stratégique, mais peu peuplée.
Il a assuré qu'il s'en emparerait "d'une manière ou d'une autre", pour contrer selon lui les avancées russes et chinoises en Arctique. Pour l’instant, c’est le torchon qui brûle entre le président américain et le Danemark et ses alliés de l’Europe y compris la Russie de Poutine. Les prémices d’un nouveau conflit sont-ils réunis après celui de l’Ukraine diamétralement et crânement opposé à son «ré annexion» à la Russie? La France, la Suède, l'Allemagne et la Norvège, rejoints par les Pays-Bas, la Finlande et le Royaume-Uni, ont annoncé cette semaine l'envoi de personnel militaire pour une mission de reconnaissance qui s'inscrit dans le cadre de l'exercice danois "Arctic Endurance" organisé avec des alliés de l'Otan. Parallèlement, les Etats-Unis ont été invités à participer à des exercices militaires au Groenland, a affirmé, vendredi soir, le chef du Commandement arctique danois à l'AFP, ajoutant que les exercices militaires sont en rapport avec la Russie. M. Trump a soutenu récemment que des navires russes et chinois se trouvaient près du Groenland, ce que le général Søren Andersen a réfuté, vendredi, lors d'un entretien sur un navire danois. Vendredi, 11 parlementaires américains ont rencontré la Première ministre, Mette Frederiksen, qui a acté l'existence d'un "désaccord fondamental" avec l'administration Trump, en présence du chef du gouvernement groenlandais, Jens-Frederik Nielsen. La délégation américaine est arrivée vers midi au siège du patronat danois pour un repas avec des chefs d'entreprise. Plus tard dans la journée, elle s'est entretenue avec des membres du Parlement danois où le drapeau groenlandais a été hissé. Une sénatrice américaine dira à ce sujet: «Nous ne pensons pas que ce soit une bonne idée». Le Groenland doit être considéré comme notre allié et non comme un actif", a en effet indiqué Mme Murkowski. Cette visite intervient deux jours après une réunion à Washington où les autorités danoises ont constaté l'impossibilité de s'entendre dans l'immédiat avec les dirigeants américains sur l'avenir du territoire autonome. Outre Lisa Murkowski, la délégation américaine est composée des sénateurs Chris Coon, Dick Durbin, Peter Welch et Jeanne Shaheen du Parti démocrate ainsi que Thom Tillis du Parti républicain. La Chambre des représentants est représentée par les démocrates Steny Hoyer, Gregory Meeks, Madeleine Dean, Sara Jacobs et Sarah McBride. "Le Congrès n'approuverait jamais une action militaire au Groenland. Ce n'est qu'un idiot qui parle", assure Kenni (nom d'emprunt), syndicaliste de 39 ans. "Mais s'il le fait, il sera destitué ou mis dehors. Si les membres du Congrès veulent sauver leur propre démocratie, ils doivent s'activer". Les militaires étaient plus visibles dans la capitale groenlandaise, vendredi, deux jours après l'annonce du renforcement militaire danois et l'envoi d'une mission de reconnaissance européenne. "Je ne pense pas que le déploiement de troupes en Europe ait un impact sur la prise de décision du président et cela n'a aucun impact sur son objectif d'acquérir le Groenland", a déclaré jeudi la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, pendant une conférence de presse. Il est "hors de question" que les Etats-Unis acquièrent le Groenland, avait répondu le ministre des Affaires étrangères du Danemark, Lars Løkke Rasmussen.
Trump veut le Groenland, l'Europe s'y oppose. Est-ce la fin de l'Otan?
- par B. Habib
- Le 17 Janvier 2026
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