Terrorisme routier, l’hécatombe silencieuse

Des années durant, les routes algériennes se sont muées en véritables zones de non droit. Un espace où des conducteurs, devenus de véritables assassins, sèment la mort au quotidien, dans une indifférence longtemps tolérée. En 2025, le bilan humain est accablant: 4.500 morts et plus de 57.000 blessés dont un nombre important gardera des handicaps à vie. Des chiffres qui donnent le vertige et qui traduisent l’ampleur d’un fléau désormais qualifié sans détour de terrorisme routier. Selon les données officielles de la Protection civile et des services de sécurité, le facteur humain est en cause dans plus de 90 % des accidents. Excès de vitesse, dépassements dangereux, conduite sous l’effet de stupéfiants, fatigue extrême ou encore surcharge des véhicules constituent le cocktail mortel de cette hécatombe. À cela s’ajoute un système gangrené par la fraude notamment la présentation de faux documents de contrôle technique, comme l’a tragiquement révélé l’accident d’Oued El-Harrach où des défaillances multiples ont coûté la vie à des innocents. «Nous faisons face à un phénomène structurel et alarmant qui ne peut plus être traité comme une simple question de circulation», a reconnu récemment un haut responsable de la Délégation nationale à la sécurité routière, soulignant que les véhicules lourds et les bus de voyageurs figurent parmi les plus meurtriers. Des propos corroborés par la Protection civile qui recense en moyenne plus de 200 accidents par jour, causant près de six morts quotidiennement. Les victimes de ce terrorisme routier ne se comptent plus. Elles n’ont ni âge, ni statut: écoliers fauchés sur le bas-côté, familles décimées, personnes âgées percutées en pleine ville. Face à ce carnage, les citoyens ne cessent de supplier l’État d’assumer pleinement sa mission première: protéger la vie. C’est dans ce contexte que le nouveau Code de la route, récemment adopté, suscite des réactions contrastées. Jugé «dur» par certains, il est pourtant, comme l’a rappelé le ministre de l’Intérieur, «aligné sur les standards internationaux et destiné à mettre fin à l’impunité». Les mesures annoncées ne gênent en rien les conducteurs respectueux de la loi, mais visent clairement ceux qui transforment la route en champ de mort. Aujourd’hui, l’implication de tous est une nécessité pour faire face à ce phénomène. Une expertise est aussi nécessaire pour déterminer les causes de cette mort. L’installation des radars, des mouchards, la modernisation des routes et les campagnes de sensibilisation sont à prévoir.


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