En 2025, la route migratoire reliant l’Algérie à l’Espagne s’est imposée comme l’une des plus dangereuses de la Méditerranée. Loin de se résorber, la crise s’est déplacée et durcie, laissant derrière elle un bilan humain accablant et des territoires notamment les îles Baléares, sous tension permanente. Selon le dernier rapport de l’ONG espagnole Caminando Fronteras, 1.037 personnes sont mortes ou portées disparues en 2025 sur la seule route algérienne vers l’Espagne, principalement en direction des Baléares. À l’échelle de l’ensemble des routes migratoires vers l’Espagne, 3.090 décès ont été recensés cette année dont 121 naufrages entre l’Algérie et Ibiza ou Formentera, faisant de ce corridor le plus meurtrier du pays. Cette hécatombe accompagne une hausse spectaculaire des départs. D’après les données du ministère espagnol de l’Intérieur, près de 10.000 migrants algériens sont arrivés en Espagne par la mer en 2025, un niveau inédit qui place l’Algérie au premier rang des pays de départ. La pression sociale en Algérie, combinée à l’essor de réseaux de passeurs de plus en plus structurés, alimente ce flux. Certaines traversées sont facturées jusqu’à 7.000 euros par personne, comme l’a mis au jour une enquête de la Guardia Civil, ayant conduit au démantèlement d’un vaste réseau criminel opérant entre l’Algérie et le sud de l’Espagne. Les îles Baléares sont devenues l’épicentre de cette nouvelle géographie migratoire. Plus de 7.300 personnes y ont accosté en 2025, un record historique. Les autorités locales dénoncent une saturation des capacités d’accueil, en particulier pour les mineurs non accompagnés, tandis que les corps sans vie retrouvés sur les plages rappellent la violence de cette route maritime. Dans ce contexte, la réponse européenne reste controversée. L’Union européenne a récemment validé le principe de centres de retour pour migrants en situation irrégulière, destinés à accélérer les expulsions vers des pays tiers. Une orientation vivement critiquée par les ONG qui y voient une externalisation accrue des frontières et un facteur supplémentaire de danger. La Méditerranée occidentale n’est plus une alternative : elle est devenue un piège. Et 2025 pourrait n’en être qu’un sombre avertissement.



