Le 13 février 1960, la France coloniale faisait exploser sa première bombe dans le Sahara algérien dont les conséquences demeurent à ce jour désastreuses sur la population et l'environnement. 65 ans après, la France n’a, non seulement toujours pas décontaminé ses sites, mais s’aligne dangereusement sur les thèses racistes et xénophobes de l’extrême droite qui n’admet toujours pas que l’Algérie est indépendante et souveraine. L'acharnement de l'extrême-droite française sur l'Algérie, relayée par des médias qui ont pris fait et cause pour cette mouvance, demeure l'une des plus importantes périodes de turbulences politiques de la 5e République en déliquescence. Rappelons qu’en France, la guerre d'Algérie a marqué un bouleversement politique et social majeur en provoquant, en mai 1958, la chute de la 4ème République et en 2025 la 5ème République se fissure, compte tenu de la crise multidimensionnelle, sans précédent, qui secoue ce pays. C’est cette crise interne que tentent de cacher les haineux, nostalgiques pour la plupart de l'esprit colonialiste, en utilisant un procédé vieux et éculé en s’attaquant ouvertement à l’Algérie. Construite sur les décombres de la tristement célèbre organisation terroriste l’OAS, l’extrême-droite n’est autre qu’une "saleté" qui tente de cacher ses crimes contre le peuple algérien durant la période coloniale. De ces saletés, «la gerboise bleue» et des autres essais nucléaires qui demeurent une menace permanente pour la population et l'environnement. En effet, il y a 65 ans, la «Gerboise Bleue» explosait dans le désert algérien, une bombe atomique, équivalant à trois voire quatre fois Hiroshima et aux retombées radioactives plus longues que prévu. C’était exactement le 13 février 1960, quand l'armée française venait de tester son premier essai nucléaire dans le Sahara algérien, baptisé alors «Gerboise Bleue». D'une puissance de 70 kilotonnes, soit trois ou quatre fois plus puissante que celle larguée par les Américains sur Hiroshima, la bombe a eu des retombées radioactives plus longues que prévu. Jean-Marie Collin, expert et porte-parole de la Campagne internationale pour abolir les Armes nucléaires (ICAN France), explique à propos du programme nucléaire de l’hexagone que «l'Etat français a cherché dès 1945 à commencer un programme nucléaire militaire et à tester ses premiers engins qui allaient constituer l'arsenal nucléaire. […] L'armée française va donc chercher des territoires à travers le monde et sur ses différentes colonies où elle pourrait pratiquer ces essais, et choisira l’Algérie».
Le choix du sud algérien pour réaliser ces essais est motivé par le fait que le général De Gaulle avait, à l’époque, l’espoir « d'isoler le Sahara de l’Algérie, pour le garder comme terrain d’expérimentation», explique, pour sa part, Patrice Bouveret, directeur de l’Observatoire des armements et co-porte-parole de l’ICAN France, qui rappelle que le pouvoir Français de l’époque avance comme argument qu’au « Sahara il n’y a pas grand monde, il y a seulement un désert». M. Bouvret relève paradoxalement que cette région du Sahara était «à l’époque habitée d'importants villages, mais considérés comme quantités négligeables par la classe dirigeante de l’époque». Au total, 17 essais nucléaires aériens et souterrains ont été effectués par la France, entre Février 1960 et Février 1967, dans la région de Reggane et dans les cavités du massif du Hoggar. Un rapport annuel du Commissariat français à l'énergie atomique (CEA) de 1960 révèle l'existence d'une zone contaminée de 150 km de long environ. Un document sur les retombées réelles de cette explosion, classé secret défense et déclassifié en avril 2013, montre l'immensité des zones touchées et ce, jusqu'en Afrique subsaharienne, en Afrique centrale et même en Afrique de l'Ouest. Le nuage radioactif a atteint également les côtes méditerranéennes de l'Espagne et la Sicile (Italie). Des taux de radioactivité différents suivant le déplacement des particules de poussière. Après "Gerboise bleue", trois autres essais nucléaires atmosphériques ont été effectués à Reggane entre avril 1960 et avril 1961: "Gerboise blanche", le 1er avril 1960, "Gerboise rouge", le 27 décembre 1960, "Gerboise verte", le 25 avril 1961… «L’ampleur des retombées radioactives contraint la France à abandonner les expérimentations aériennes au profit d'essais souterrains. Pour ses nouvelles expérimentations, la France a choisi un site dans le Hoggar, près de In Ekker, à quelque 150 kilomètres au nord de Tamanrasset», écrivent beaucoup d’historiens sur ce dossier. De novembre 1961 à février 1966, il sera procédé à treize tirs dans des galeries creusées horizontalement dans la montagne. Le 7 novembre 1961, la France a effectué son premier essai nucléaire souterrain (Agate), s’ensuit alors le deuxième réalisé le 1er mai 1962. Lors de ces essais, «un nuage radioactif s'échappe de la galerie de tir. C'est l'accident de Béryl, du nom de code de l'essai», note encore le rapport classé secret défense qui révèle que «onze autres tirs en galerie ont été effectués jusqu'à février 1966, dont trois n'ont pas été totalement contenus ou confinés».
En décembre 1997, un rapport du Sénat français révèle qu’«après des années d’expériences diverses, les deux sites de Reggane et d’In Ekker ont été remis à l’Algérie sans qu’aucune modalité de contrôle et de suivi de la radioactivité n’ait été prévue", emboîtant le pas au rapport de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), qui indiquait que «dès le début des expérimentations nucléaires, la France a pratiqué une politique d’enfouissement de tous les déchets sous les sables». Tout ce qui était susceptible d’avoir été contaminé par la radioactivité – avions, chars, et tout autre matériel – a donc été enterré. Pire encore, "des matières radioactives (sables vitrifiées, roche et lave contaminées) ont été laissées à l’air libre, exposant ainsi la population et l’environnement à des dangers certains", a-t-elle déploré. Selon l'ICAN, la France n’a jamais dévoilé où étaient enterrés ces déchets, ni leur quantité. Le 5 janvier 2010, le Parlement français a adopté une loi relative à la reconnaissance et à l’indemnisation des victimes des essais ou accidents nucléaires, dite Loi Morin, et ce après une dizaine d’années d’actions menées par les associations de victimes des essais nucléaires français en Algérie et en Polynésie. En application de la loi Morin, une procédure d'indemnisation est mise en place pour les personnes atteintes de maladies cancéreuses considérées comme radioactives induites par les études scientifiques de référence (ONU) et résultant d'une exposition à des rayonnements ionisants. Au total, 1598 dossiers ont été, entre le 5 janvier 2010 et le 31 décembre 2019, enregistrés par le CIVEN, révèle une étude publiée par l'ICAN en juillet 2020. «Seulement 49 dossiers proviennent de populations résidentes en Algérie au moment des essais», a-t-on appris de sources proches du dossier. «Si 75 propositions d'offre d'indemnisation ont été faites auprès de victimes civiles et militaires ayant séjourné en Algérie, durant la période des essais, une seule victime "habitant en Algérie" a reçu une indemnisation en près de 10 ans», regrette la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN). Les explosions nucléaires dans le désert du Sahara sont d'irréfutables preuves des crimes perpétrés, dont les radiations continuent d'affecter l'homme et l'environnement et reste, aux yeux des observateurs, le dossier "le plus sensible de ceux de la mémoire, qui nécessite des mesures pratiques urgentes". La France refuse toujours d’assumer ses responsabilités historiques" à travers la décontamination des sites des essais nucléaires effectués dans le Sahara algérien, l'indemnisation des personnes souffrant de pathologies conséquentes à ces essais atomiques et la remise des cartes topographiques qui permettent de déterminer les lieux d’enfouissement des déchets polluants, radioactifs ou chimiques non-découverts à ce jour. Cette fuite en avant s’inscrit en porte à faux avec le Traité interdisant les armes nucléaires (TPNW), adopté le 7 juillet 2017 par la Conférence des Nations Unies pour la négociation d'un instrument juridiquement contraignant visant à interdire les armes nucléaires en vue de leur élimination complète. Les articles 6 et 7 de ce traité exigent clairement la restauration de l’environnement et le soutien aux victimes et la coopération internationale. Des experts du domaine ne cessent d’appeler à « la concrétisation des engagements par les signataires du traité, exhortant à des efforts internationaux complets pour rectifier les injustices historiques subies par les victimes Algériennes». En sommes, 65 ans après la «Gerboise Bleue» et d’autres explosions nucléaires qui se sont suivies ne sont autres que des crimes contre l’humanité que la France, qui se targue pays des droits de l’homme, assumera comme une tache honteuse de sa sombre histoire.