L’Algérie ne se suffit plus de son statut de fournisseur énergétique éternel sans contrepartie de l’Union européenne. Le pays aspire en effet à diversifier ses sources de l’économie en pleine relance. Pour atteindre les objectifs d’une économie hors hydrocarbures forte, le pays veut exporter ses produits fabriqués localement sur le marché européen et, par la même occasion, capter plus d’investissements et d’affaires du vieux continent avec l’optique de transfert technologique. L’Europe par contre est restée longtemps muette sur cette question alors que l’Algérie veut baser l’Accord d’association auquel elle est liée depuis vingt longues années, sur le principe «gagnant-gagnant». Aujourd’hui, il semble que les données économiques et le contexte international truffé d’enjeux mais de conflits énergétiques sur fond de tensions ne sont plus les mêmes qu’auparavant. C’est pourquoi, l’Algérie veut prendre les devants et ne pas se contenter d’observer certains «équivoques» de cet accord. C’était dans l’air depuis quelques années déjà mais l’annonce est cette fois-ci officielle. L’Accord d’Association entre l’Algérie et l’Union européenne (UE) sera révisé. C’est le Président de la République, Abdelmajid Tebboune qui le veut ainsi. Gelé par l’Algérie depuis 2019, l’Accord «ré entrera» en vigueur en 2025, que sous de nouvelles conditions imposées par l’Algérie lesquelles sont basées sur un partage équitable en termes d’échanges commerciaux. Signé par les deux parties en 2002 et entré en application en 2005, l’Accord est depuis à la traîne concernant notamment les avantages divers qu’il est censé procurer à l’Algérie, un partenaire fiable et un marché prometteur pour l’Union européenne. En d’autres termes, l’Accord d’Association n’a pas été respecté. En effet, vingt ans après la signature de l’accord d’Association entre l’Algérie et l’Union européenne, l’Algérie a décidé de sa révision, considérant que «la promesse d’une prospérité partagée n’a pas été tenue», a indiqué lundi, le vice-président du Conseil du renouveau économique algérien (CERA), rappelant que «le Président de la République a d’ailleurs fixé le calendrier au premier semestre 2025». Comment l’Algérie compte-t-elle tirer profit de cet Accord? Par quels mécanismes convaincra-t-elle l’UE à adhérer à sa démarche? La grande interrogation qui persiste encore davantage est: pourquoi d’autres pays profitent de cet Accord et l’Algérie: Non? Sont-ils meilleurs que nous du point de vue de la richesse du foncier et des facilités d’investissement? La réponse est évidemment: Non. Pour les experts, l’Algérie qui jouit d’une considération internationale grâce à ses positions fermes et indéniables, dérange certains pays. Ce n’est pas du tout innocent que l’Accord d’Association puisse être sanctionné d’un «constat d’échec» qui n’est pas propre à l’Algérie. S’exprimant à l’émission «L’Invité du jour», de la chaîne 3 de la Radio algérienne, M. Kerrar a estimé que «le constat d’échec n’est pas propre à l’Algérie». «Tous les pays européens qui s’y sont engagés, partagent ce constat d’échec», a-t-il indiqué. Le constat d’échec est perçu, côté algérien, comme une faillite de cette «prospérité partagée» qui était pourtant le «cœur» de l’accord Algérie-UE. Selon l’invité, «entre aller vers une révision négociée de cet accord ou passer vers une dénonciation pure et simple, l’Algérie a choisi sa révision, sachant que l’Union européenne est et reste un partenaire stratégique». «Au CREA, nous pensons qu’aller vers une révision plutôt qu’une dénonciation pure et simple, est motivée par le fait que l’UE est un partenaire stratégique, avec lequel l’Algérie entretient des relations très denses et très riches, sur plusieurs années, sur les plans économique, commercial et humain», explique M. Kerrar. Toutefois, enjoint l’intervenant, «l’Algérie ne peut plus se satisfaire de ce statut de fournisseur de pétrole et de gaz pour le marché européen», insistant sur trois domaines pour lesquels l’Algérie peut exiger dans ses prochains pourparlers, à savoir «l’ouverture de l’Europe aux exportations hors hydrocarbures algériennes, le transfert technologique et l’investissement des entreprises européennes sur le sol algérien». «L’investissement, pense-t-il, devrait être au cœur des discussions avec les Européens». Et de s’interroger: «Pourquoi, il n’y a pas eu un investissement d’envergure en Algérie alors que le Qatar et la Turquie sont actifs sur ce plan (…). C’est désormais la règle économique. Si les Européens ne viennent pas, d’autres viendront». Les Européens ont deux bonnes raisons pour venir investir en Algérie, selon M Kerrar. D’abord partager cette richesse et profiter du nouveau climat d’affaires en Algérie, opportunément offert par la refonte du Code d’investissement, ensuite l’existence d’un fort potentiel de croissance en Algérie. «Cette croissance qui est 3.9%, est l’une des plus élevées de la région Mena. Le PIB tend, quant à lui, à doubler (…) Voilà des indices incitatifs surtout que les opérateurs européens cherchent à délocaliser, dans des pays voisins, pour mieux rentabiliser leurs activités», a-t-il détaillé. Revenant sur la récente rencontre avec le Président de la République avec les opérateurs économiques, M. Kerrar affirme que le CREA a proposé 30 recommandations dont certaines ont été retenues. «Nous avons exprimé 30 recommandations. Il y a un nombre d’exportateurs qui n’ont pas le statut de vrais exportateurs, au moment où l’Algérie opte à encourager l’exportation hors hydrocarbures», indique encore M. Kerrar, précisant que «certains opérateurs algériens n’ont pas le statut de solides exportateurs».
Vingt ans après la signature de l’accord d’association entre l’Algérie et l’UE. «La promesse n’a pas été tenue»
- par B. Habib
- Le 24 Décembre 2024
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