Quel diagnostic ou bilan du moins succinct peut se faire sur les réformes du système éducatif en Algérie ? Les réformes éducatives ont-elles contribué à l’amélioration systémique de la qualité de l’enseignement pédagogique en Algérie ? Selon des statistiques l’Algérie occupe un rang plus qu’honorable en termes d’investissement colossaux dans la réalisation des infrastructures éducatives massives mais reste toute de même que sur le chapitre des «résultats des réformes» beaucoup reste à faire. En témoigne le rapport de l’année 2024 de la Cour des comptes qui relève des «dysfonctionnements» dans le système scolaire algérien malgré tous les investissements considérables de l’Etat dans ce domaine. Le document inédit de la Cour des comptes décortique les raisons qui font que les réformes du système scolaire ont connu un échec d’autant plus que, selon ce document, son rendement est parmi les plus bas au monde. «le rendement du système scolaire algérien est considéré comme l’un des plus bas au monde» souligne-t-il. Des réformes ambitieuses avaient été entamées depuis 2003 dans le secteur et les moyens financiers considérables n’avaient toujours pas manqué depuis pour faire du système scolaire algérien un modèle malgré toutes les cagnottes qui lui avaient été allouées jusque-là. Que reproche en fait le rapport de la Cour des comptes au système éducatif national ? Qu’est-ce qui explique que ce système soit singulièrement défaillant ? Certains parleront de salles de classe qui sont conçues petites et étroites alors que le nombre d’élèves augmente en croissance en raison des découpes pédagogiques. L’autre problème concerne le manque d‘engagement pédagogique et de prise de conscience de certains enseignants. En plus, l’analyse et la critique du système éducatif met en évidence un décalage flagrant entre ce qui est enseigné et les exigences de la vie en société qui impose, entre autres, le respect de la vie privée de l’élève et aussi de l’enseignant outre l’usage abusif des réseaux sociaux et du facebook dans les établissements scolaires et pendant les cours. Mais la Cour des comptes en décortique d’autres raisons. Le système éducatif algérien reste englué dans des dysfonctionnements majeurs. Le manque de professionnalisation des enseignants, les faiblesses dans le management pédagogique et administratif, ainsi que l’inefficacité des réformes des programmes scolaires sont autant de lacunes qui expliquent ce bilan. Le rapport de la Cour des comptes 2024 indique que malgré des montants considérables destinés à la réalisation d’infrastructures scolaires, ces investissements ne se traduisent pas par une amélioration significative de la qualité de l’enseignement. Cette disparité est en grande partie due à l‘absence de stratégie et de gestion claire. L’autre anomalie a trait à l’insuffisance du suivi des réformes du système éducatif. Ces dernières sont «incomplètes ou mal appliquées». Faute de mécanismes de contrôle adaptés qui laissent l’école algérienne dans une situation de stagnation. L’analyse de la Cour des comptes 2024 a également soulevé les difficultés du système éducatif algérien à répondre aux attentes en termes de qualité. Bien que réformés depuis 2003, les programmes scolaires restent inadaptés aux besoins actuels, avec des lacunes pédagogiques persistantes. L’enseignement algérien favorise l’apprentissage par cœur plutôt que l’analyse et la résolution de problèmes. Lors des examens, l’accent est mis sur la restitution des contenus au lieu d’évaluer les compétences fondamentales. Le rapport de la Cour des comptes a mis en évidence un autre facteur majeur contribuant à la faiblesse du système éducatif algérien. Le temps et les volumes scolaires insuffisants, combinés à des programmes déjà surchargés entravent la capacité des élèves à acquérir et maîtriser les compétences fondamentales. En effet, la durée annuelle de l’enseignement primaire en Algérie atteint à peine 32 semaines. Bien en dessous des moyennes mondiales (36 semaines) et européennes (38 semaines). De plus, le volume horaire des matières essentielles, comme les mathématiques, reste largement insuffisant. Comparé aux pays voisins comme la Tunisie (960 heures contre 720 heures en Algérie). Les inégalités entre élèves constituent un problème majeur pour le système éducatif algérien. L’accès à une éducation de qualité varie fortement selon les régions, créant ainsi une école à «deux vitesses». En effet, les élèves entrant en première année primaire ne partent pas tous sur un pied d’égalité, car l’accès au préscolaire n’a toujours pas été généralisé dans le pays (taux de couverture national de seulement 59% en 2020). Par ailleurs, ces disparités sont exacerbées par la généralisation des cours particuliers, notamment en terminale. Les chiffres dévoilent que 66% des élèves en terminale recourent aux cours de soutien. Un autre phénomène croissant a été constaté en Algérie concerne les écoles privées. En effet, les familles algériennes manifestent un désintérêt grandissant pour le système éducatif national.
Malgré des réformes entamées depuis 2003, l'école algérienne à la traîne. Le rapport «sévère» de la Cour des comptes
- par B. Habib
- Le 18 Décembre 2024
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