Liamine Zéroual 1941-2026. Le Président qui sauva la République

L’Algérie vient de perdre Liamine Zéroual, l’une de ses figures les plus emblématiques dont la disparition plonge le pays dans une profonde émotion, tant il incarnait, aux yeux des Algériens, un symbole vivant de résilience, de courage et d’engagement indéfectible au service de l’indépendance et de la souveraineté nationale. Issu du peuple et façonné par les épreuves de l’histoire, il appartenait à cette génération, forgée dans le combat libérateur et confrontée, après 1962, à l’immense défi de bâtir un État, ce qui faisait de lui l’expression la plus authentique de cette Algérie profonde, à la fois meurtrie et digne, mais toujours debout. Sa trajectoire est intimement liée à l’épopée de la libération nationale puisqu’il rejoint très tôt les rangs de l’Armée de Libération Nationale où il se forme en tant que militaire de terrain, développant une conscience aiguë du sacrifice consenti pour la patrie, avant de poursuivre, après l’indépendance, une carrière militaire ascendante qui le conduit progressivement aux plus hautes responsabilités notamment au début des années 1990 lorsqu’il accède au poste de ministre de la Défense, dans un contexte marqué par de profondes tensions politiques et sécuritaires. Dans cette période critique, consécutive à l’interruption du processus électoral face au Front islamique du salut (FIS), Zéroual joue un rôle déterminant dans l’organisation de la riposte de l’État face à la menace terroriste, contribuant ainsi à préserver les fondements de la République à un moment où son existence même semblait vaciller. C’est dans ce climat particulièrement instable qu’il est appelé, en 1994, à assumer les plus hautes fonctions de l’État par le Haut Comité d’État, au lendemain de l’assassinat de Mohamed Boudiaf, avant d’être confirmé dans sa légitimité par l’élection présidentielle de 1995, remportée avec 61 % des suffrages, ce qui lui confère une assise populaire dans un contexte pourtant marqué par la violence et l’incertitude. Durant son mandat qui s’étend jusqu’en 1999, il adopte une démarche combinant à la fois fermeté et ouverture, en menant une lutte résolue contre les groupes armés, tout en initiant des mesures politiques visant à favoriser la sortie de crise, à l’image de la loi sur la Rahma adoptée en 1997 laquelle amorce un processus de décrispation nationale. L’un des gestes les plus marquants de son parcours politique demeure sans conteste sa décision, en 1999, d’organiser une élection présidentielle anticipée et de se retirer volontairement du pouvoir, ouvrant ainsi la voie à une transition pacifique au profit de Abdelaziz Bouteflika, un acte rare dans l’histoire politique des nations, qui témoigne de sa conception élevée de l’État et de son attachement sincère aux principes de légitimité et de souveraineté populaire, loin des logiques de pouvoir personnel. Retiré de la vie politique active à Batna, Liamine Zéroual ne cesse pour autant de porter un regard lucide sur le devenir du pays, comme en témoigne le message solennel qu’il adresse au peuple algérien en juillet 2022, à l’occasion du 60? anniversaire de l’Indépendance, intitulé «Un appel au devoir de mémoire et de fidélité». Ce texte est considéré comme son testament au peuple algérien, un legs empreint de sagesse et de responsabilité, dans lequel il insiste sur la nécessité de préserver les repères historiques fondamentaux, tout en rendant hommage aux sacrifices consentis par la nation et en exaltant les valeurs de foi, d’enracinement culturel et d’attachement à la patrie. Il souligne avec force que l’esprit de Novembre demeure une référence vivante, capable de guider le pays dans les moments de doute et de lui permettre de surmonter collectivement ses épreuves. Dans cette même réflexion, il interprète le Hirak du 22 février 2019 comme un «sursaut salutaire», comparable à celui de Novembre, en ce qu’il exprime une volonté pacifique de réforme et de renouveau, tout en rappelant que le peuple algérien a déjà démontré, par le passé, sa capacité à triompher des crises majeures qu’il s’agisse du terrorisme ou des défis sanitaires récents, renforçant ainsi l’idée d’une maturité collective forgée dans l’adversité et tournée vers l’avenir.
Ainsi, au-delà de son parcours institutionnel, Liamine Zéroual laisse l’image d’un homme d’État profondément attaché à la nation, convaincu que son salut repose avant tout sur l’unité de son peuple, la mobilisation de ses institutions et la transmission, aux générations futures, de cet héritage immatériel que constituent la mémoire, la fidélité et l’esprit de Novembre, autant de valeurs qu’il n’a cessé de défendre avec constance. Aujourd’hui, alors qu’il rejoint les figures historiques de la nation, son message résonne avec une acuité particulière, rappelant que la patrie doit toujours primer sur les ambitions individuelles et que la grandeur d’un homme se mesure aussi à sa capacité à s’effacer au moment juste au profit de l’intérêt supérieur du pays.


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