Sidi Bel Abbès. Solidarité et humanisme

Alors que le croissant lunaire de Ramadan s’installe dans le ciel de la Mekerra, la wilaya de Sidi Bel Abbès se transforme en un vaste laboratoire de l’humanisme agissant.
Au-delà du simple geste alimentaire, l'ouverture de 41 restaurants de la Rahma orchestrée sous l'égide de la Direction de l’Action Sociale (DAS) dessine une cartographie de la fraternité qui transcende la précarité pour restaurer la dignité. Loin de l’improvisation, cette opération d’envergure repose sur une architecture rigoureuse. Avec 5 000 repas servis quotidiennement, l’effort de solidarité se décline en une dualité complémentaire la table ouverte, lieu de mixité sociale et de rompre de l'isolement, et le repas à emporter, réponse pudique aux nécessités domestiques. Cette année, l’institutionnalisation de ces espaces soumis à des critères d'agrément stricts garantit une sécurité sanitaire qui honore le bénéficiaire. Les contrôles réguliers des services compétents ne sont pas de simples formalités bureaucratiques, mais le gage d'une éthique de la qualité, rappelant que la charité ne saurait s'affranchir de l'excellence.
Ce qui frappe l'observateur, c'est l'effacement des barrières sociales au profit d'un engagement citoyen total. Membres d'associations, mécènes anonymes et jeunes volontaires s'activent dans une chorégraphie du don. L'extension de cette générosité vers les centres de santé, pour soutenir les familles de malades, témoigne d'une conscience aiguë des vulnérabilités périphériques. En tant que piliers spirituels et logistiques, les lieux de culte parachèvent ce réseau d'entraide, transformant les dons des fidèles en actes concrets de résilience sociale. Au-delà des chiffres, cette mobilisation est le miroir d'une société qui refuse l'atomisation individualiste. À Sidi Bel Abbès, le restaurant de la Rahma n'est pas qu'une cantine pour démunis: il est le symbole d'une «hospitalité ontologique». Dans la vapeur des marmites et le silence respectueux des tables dressées, se réactualise chaque soir le contrat social algérien : une solidarité qui ne se décrète pas, mais qui se vit. En définitive, ces 5 000 repas quotidiens sont autant de messages adressés à la solitude et à la nécessité. Ils rappellent que si le jeûne est une ascèse individuelle, l'Iftar, lui, est une célébration collective de notre commune humanité.


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