Le Carrefour de Mostaganem

Journée internationale de la femme. La femme et l’industrie en parfaite adéquation

Par Lotfi Abdelmadjid

La femme active, celle qui a fait des études ou des formations n’est plus pour être uniquement objet d’une célébration de sa journée internationale du 08 mars de chaque année. Faut-il aussi voir que celle-ci contribue efficacement à la création de richesses par son travail. Aujourd’hui, dans les centres d’enseignement et de formation, il y a une augmentation du nombre de filles dans les formations purement techniques. A l’université, il est fait le même constat, beaucoup de jeunes filles font le choix des filières techniques ce que les statistiques confirment d’année en année. Ces femmes ne dégagent plus cette image que celle que dégageaient, à une époque donnée, leur maman. Grâce à l’Ecole algérienne, ces femmes sont devenues audacieuses, confiantes car compétentes. Cette performance leur procure de plus en plus d’auto-estime. Interrogées, les femmes ingénieures disent qu’elles sont satisfaites de leur parcours professionnel et aiment le cadre de leur métier. Elles ont confiance en l’avenir du secteur de l’industrie car elles savent qu’à Mostaganem c’est un secteur en plein épanouissement. Aujourd’hui, à Mostaganem, les projets d’investissements industriels sont assistés par les autorités de la wilaya surtout après l’annonce de la relance de l’économie nationale. La femme et la jeune fille surtout, sont sensiblement présentes d’une manière affirmée dans le secteur industriel. Après l’université ou la formation professionnelle, elles foncent vers la vie active. Il est fort de constater que le secteur industriel dans la wilaya est en route vers une féminisation progressive de ses effectifs, plus de 15% des effectifs travaillant dans l’industrie sont des femmes. Un responsable de l’administration de l’emploi de la wilaya nous dira qu’il ne faut plus rester cloisonné dans les stéréotypes, aujourd’hui on constate que le genre s’ouvre vers les métiers techniques. Selon des informations recueillies auprès de certaines unités de production, beaucoup de femmes s’affairent dans la maintenance industrielle, dans les laboratoires d’essais, comme opératrices, comme superviseuses HSE etc… Certaines occupent dans l’industrie des postes dans la production, la planification et des bureaux méthodes. Selon un responsable d’une unité de production à Mesra, pour la femme, travailler dans l’industrie mécanique ne signifie pas forcément avoir les mains dans le cambouis. Selon ce cadre technique, les femmes qui rejoignent le secteur peuvent aussi bien être chef de projet, élaborer un plan de maintenance ou encore organiser la production. Un autre responsable à la zone industrielle de Fornaka nous affirme que l’ensemble de leurs laboratoires sont, en majorité, tenus par des jeunes femmes ingénieurs. Selon un opérateur économique dans la zone de Souk Ellil, dans le secteur de l’agroalimentaire, la mixité dans les entreprises est positive car elle permet un équilibre entre les hommes et les femmes. Elle permet également des débats beaucoup plus riches, des points de vue différents et une adéquation avec notre société. A Mostaganem, le secteur industriel offre des carrières variées et veut ouvrir ses portes aux femmes. Mais le poids de certains tabous est encore très présent, il serait d’ailleurs à l’origine de l’inégalité professionnelle dans sa globalité. Par ailleurs, il est toujours de croyance populaire que les métiers techniques sont réservés aux hommes. Non, tous les métiers de l’industrie ne nécessitent pas de porter un bleu de travail et d’avoir les mains sales. Encore aujourd’hui, ce secteur est trop souvent assimilé à la pénibilité, à la saleté et rebute les femmes qui s’orientent davantage vers les filières du tertiaire. A l’université «Abdelhamid Ibn Badis» de multiples projets sont mis sur pied pour promouvoir l’emploi et l’employabilité par des mécanismes avérés au profit des jeunes sortantes des facultés techniques, notamment. Afin d’assurer l’équilibre social et résorber le chômage, il faut persévérer dans l’implication du genre dans les métiers techniques.

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Des productions agroalimentaires minées par le paradoxe

Par Y. Zahachi

De nombreux consommateurs s’interrogent comment une wilaya reconnue pour son potentiel agricole et son littoral poissonneux peut-elle afficher des prix aussi élevés sur ses marchés ? Derrière cette contradiction apparente se cachent plusieurs dysfonctionnements touchant à la production, à la distribution et à l’organisation des filières : causes d’une cherté qui pèse de plus en plus sur le portemonnaie des ménages. La région se distingue par : une importante production maraîchère, l’arboriculture fruitière, l’élevage ovins et bovins, une filière avicole développée, l’apiculture et un littoral riche en ressources halieutiques. Sur le papier, tous les ingrédients sont réunis pour assurer une offre alimentaire abondante et accessible aux ménages modestes. Pourtant, dans la réalité quotidienne des marchés, les prix restent souvent élevés et instables. La production de viande rouge dépend fortement du coût de l’alimentation animale. Or celui-ci a fortement augmenté ces dernières années. Les éleveurs doivent importer une grande partie des aliments nécessaires au bétail, notamment : maïs, soja etc… Compléments protéiques plus complexes vitaminiques et minéraux. Ces intrants représentent parfois plus de 60 % du coût de production. Lorsque leur prix augmente sur les marchés internationaux, la hausse se répercute immédiatement sur le prix de la viande. À cela s’ajoutent : la diminution des pâturages naturels, les périodes de sécheresse des sept années précédentes et le coût des soins vétérinaires. La filière avicole est l’une des plus importantes sources de protéines pour les ménages reste particulièrement vulnérable. Les éleveurs de poulets font face à plusieurs difficultés : flambée du prix de l’aliment de volaille ; hausse de l’électricité et du gaz nécessaires aux élevages ; maladies aviaires occasionnelles ; fluctuations du marché. Dans certains cas, la rentabilité des élevages devient incertaine, ce qui entraîne une baisse de la production et une hausse des prix. Côtés produits de la mer, Mostaganem possède un littoral de plus de 120 kilomètres et deux ports de pêche mais avec une aquaculture moribonde, malgré ça, le poisson reste souvent cher sur les marchés locaux. Plusieurs raisons expliquent ce paradoxe : flotte de pêche insuffisante ; coût élevé du carburant pour les pêcheurs ; manque de chaînes de froid modernes ; circuits de commercialisation peu structurés ; une partie importante du poisson capturé est également écoulée vers d’autres villes où la demande est plus forte, ce qui réduit l’offre locale. Quant à la production fruitière dépend fortement des conditions climatiques et de l'irrigation d'appoint. Les périodes de sécheresse ou les variations de température peuvent réduire les rendements. Dans l’apiculture, la production de miel est directement liée à la disponibilité des zones à fleurs mellifères. Lorsque la floraison est faible ou irrégulière, certains apiculteurs ont recours à la pratique de la transhumance, la production diminue et les prix augmentent. Par ailleurs, certains apiculteurs signalent également l’impact des pesticides utilisés dans certaines cultures. Mais au-delà des problèmes de production, la question de la distribution joue un rôle central. Entre l’agriculteur ou le pêcheur et le consommateur, plusieurs intermédiaires interviennent : Producteur ? collecteur ? grossiste ? détaillant. Chaque maillon ajoute sa marge. Dans certains cas, le prix d’un produit peut doubler entre la ferme et le marché. Cette organisation du commerce agricole pénalise à la fois les producteurs, qui vendent parfois à bas prix, et les consommateurs, qui paient beaucoup plus cher. Enfin il est certain que Mostaganem dispose de nombreux atouts pour devenir l’un des grands pôles agricoles et halieutiques du pays. Mais pour que cette richesse profite pleinement aux consommateurs comme aux producteurs, une réforme profonde de l’organisation des filières apparaît aujourd’hui indispensable au niveau de la Chambre de l'Agriculture. Sans modernisation des infrastructures, sans régulation efficace des circuits de distribution et sans soutien accru aux agriculteurs et aux pêcheurs, le paradoxe risque de perdurer : une région riche en ressources agricoles, mais des marchés toujours chers.

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ElMeddah. Gardien de la mémoire et vecteur de résistance sous la colonisation française

(3ème partie)

Par H.MedSoltane

Une revanche sur l'humiliation
C'est là que l'histoire devient poignante, l'armée française l'appelait peut-être "Ramasse-con" sur son autorisation de 8h à 12h, mais dès qu'il franchissait le seuil du magasin du père, il redevenait "El Meddah", l'homme d'honneur. L'administration coloniale avait le papier, mais mon père et la clientèle avaient le respect. Le Gualal dans le sac, posé peut-être au pied du comptoir, attendait le prochain marché, mais l'homme, lui, continuait son œuvre de veilleur social en discutant avec les clients. C'est un témoignage rare sur la vie sociale dans les magasins algériens pendant la colonisation. On sent que le magasin était bien plus qu'un commerce ; c'était un lieu de fraternité. Ce qui se décrit confirme que le Meddah était bien plus qu'un artiste , il était le "système d'information" du peuple à une époque où les communications étaient contrôlées par l'armée coloniale. En s'asseyant derrière le comptoir du père, il remplissait trois rôles cruciaux que la radio ou les journaux officiels ne pouvaient pas assurer :
Le "Baromètre" économique (Le cours des marchés)
À l'époque, sans internet ni téléphone, savoir le prix du mouton à Tiaret ou de la vache à Mascara était vital pour un commerçant ou un agriculteur. Le Meddah, en circulant de souk en souk, apportait la vérité des prix.
- Il permettait à mon père et à ses clients de ne pas se faire avoir par les spéculateurs ou par les taxes imposées par l'administration française.
- C'était une forme d'économie solidaire : il partageait les bons plans et les pénuries d'autres régions.
Le "Diplomate" de l'ombre (Les nouvelles des notables)
Le fait qu'il parlait de ses rencontres avec des Caïds ou des Bachaghas est très révélateur. Bien que ces notables fassent souvent partie de l'appareil administratif colonial (parfois de gré ou de force), le Meddah servait de pont entre eux et la population :
- Il savait qui était "juste" et qui était "trop zélé" avec l'armée. Il apportait des nouvelles sociales : un mariage, un décès ou une décision politique prise dans une ville lointaine. C'était une manière de maintenir l'unité du territoire algérien malgré le quadrillage militaire.
- La "Radio-Trottoir" de confiance
Pendant que l'armée française surveillait son autorisation de "8h à 12h" sous ce nom injurieux, lui, l'après-midi, diffusait la vraie information.
El Meddah était l'ancêtre du journaliste d'investigation. En racontant les prix et les rencontres, il donnait aux gens les moyens de comprendre leur environnement et de s'organiser. L'image de cet homme, méprisé par l'administration (avec ce nom "Ramasse-con"), mais traité comme un invité de marque derrière le comptoir, est une victoire morale. Mon père et ses clients lui donnaient sa vraie place : celle d'un intellectuel organique, un homme qui connaît la terre, les prix et les hommes.

 


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