Le mois sacré est, pour beaucoup, un temps de retour aux valeurs essentielles: patience, solidarité, honnêteté, respect d’autrui. Les discours se multiplient sur la morale, la droiture et la crainte de mal agir. Pourtant, sur le terrain, certaines pratiques quotidiennes racontent une toute autre histoire. Dans les rames du tramway d’Oran, la scène est devenue presque banale. Des jeunes montent sans billet, esquivent les contrôleurs ou descendent précipitamment à leur vue. Le geste peut paraître anodin à leurs yeux. «Ce n’est qu’un ticket», disent certains. Mais derrière ce «simple trajet» impayé, il y a un service public, des employés, des charges d’entretien, un budget supporté en grande partie par la collectivité. La contradiction interpelle. Peut-on revendiquer la piété et, dans le même temps, contourner les règles les plus élémentaires du civisme? Le jeûne n’est pas qu’une abstinence physique; il est aussi une discipline morale. Il appelle à la cohérence entre les paroles et les actes. Et le phénomène ne s’arrête pas aux transports. Sur certains étals, en cette période de forte consommation, des pratiques peu scrupuleuses refont surface. Tricher sur le poids, arrondir les prix à la hausse, profiter de l’affluence pour maximiser les marges: autant de comportements qui sapent la confiance entre commerçants et clients. Là encore, la question se pose: où est l’esprit de justice et d’équité que l’on invoque si souvent? Il ne s’agit pas de généraliser ni de stigmatiser toute une jeunesse ou l’ensemble des commerçants. Beaucoup respectent les règles et font preuve d’une probité exemplaire. Mais ces dérives, mêmes minoritaires, jettent une ombre sur l’image collective et alimentent un malaise perceptible. Le respect des valeurs ne peut être sélectif. On ne choisit pas les principes qui nous arrangent et on n’écarte pas ceux qui nous contraignent. Payer son billet, afficher le juste poids, pratiquer le prix équitable : ces gestes simples sont aussi des actes de foi dans le vivre ensemble. Au fond, le véritable enjeu dépasse la simple infraction ou la petite fraude. Il touche à la crédibilité morale d’une société qui aspire à plus de justice et de respect. Le mois sacré devrait être l’occasion d’un sursaut, d’un alignement entre ce que l’on proclame et ce que l’on pratique. Car le vrai jeûne ne se limite pas à l’abstinence. Il se lit dans la rectitude des actes, loin des regards, dans ces détails du quotidien qui façonnent la confiance et la dignité collectives.
Jeûne et contradictions. Quand les actes trahissent les paroles
- par Youcef. Chaibi
- Le 22 Février 2026
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