Les marchés de proximité, un investissement irrationnel
Par Lotfi Abdelmadjid
A Mostaganem, le commerce est un secteur longtemps parasité par l’informel qui continue à souiller l’image de la ville. Depuis plus d’une vingtaine d’années, la vente à la sauvette des fruits, des légumes et des poissons s’est accentuée et s’est installée même au centre-ville. Un marché bien installé qui a longtemps gâché les espaces du centre-ville. Les commerçants d’habillement, eux, ont accaparé tous les espaces des arcades, obstruant le passage aux piétons. La rue du marché couvert, servant de prolongement de la rue du lion, est bloquée durant toute la journée. Dans tous les quartiers, des souks s’érigent sur des espaces non autorisés, encrassant ainsi l’environnement. A cela, les autorités de la daïra de l’époque devaient apporter une réponse à cette anarchie. La réponse était de transférer tous ces vendeurs dans des marchés de proximité. C’est ainsi que neuf marchés de proximité furent construits dont quelques-uns réhabilités afin de caser tous ces commerçants qui occupaient la rue et incommodaient le cadre de vie des citoyens. Des investissements qui ont bien évidemment pesé sur la trésorerie de la collectivité locale. Cependant, cette stratégie est passée à côté des objectifs escomptés. Les seuls actions faites à l’époque étaient de recenser ces commerçants et de leur concéder sur arrêté des stands à l’intérieur des marchés construits, devenus patrimoine de la commune. Jusqu’à ce jour, la situation n’a pas changé puisque la majorité de ces marchés de proximité ont été désertés. A la Salamandre, Kharrouba, El Houria, Souika, Djebli, Cité du 5- Juillet, Amara Hamida, Ain Sefra etc…, les marchés demeurent toujours inoccupés. Le pire est que ces commerçants, dans certains quartiers, se sont réinstallés dans la rue juste devant l’infrastructure construite pour eux. Il faut signaler que les marchés sont des structures couvertes et bien ordonnées. Aujourd’hui, ces investissements, dans leur majorité fermés et quasi abandonnés, se dégradent. L’APC de Mostaganem devra statuer sur le sort de ces infrastructures afin de les convertir en d’autres activités qui apporteraient une plus-value. Faut-il souligner que la stratégie de réorganiser le commerce a échoué à Mostaganem. Dans cette ville, il est malheureux d’observer que ni l’APC, ni la Direction du commerce ni la Chambre de commerce n’ont pu aller au bout de l’action qui visait à reconstruire un commerce dûment structuré.
Remettre de l’ordre dans la ville est une responsabilité, surtout si on est conscient des enjeux économiques d’un chef-lieu qui ambitionne d’être une destination touristique.
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Pour une zone franche maritime
Par H.Med Krelifa
La relance du projet de zone franche maritime de Mostaganem (ZFMM) s’inscrit dans une dynamique nationale, visant à diversifier l’économie algérienne et à renforcer son intégration dans les échanges internationaux. Porté depuis les années 1990 et réactualisé dans le cadre du nouveau dispositif législatif (loi 22-15 et loi de finances 2025), ce projet ambitionne de transformer Mostaganem en pôle maritime stratégique, capable de capter les investissements directs étrangers, de stimuler les exportations hors hydrocarbures et de créer des emplois durables. Grâce à ses atouts comparatifs – port en eau profonde, zone industrielle d’El Bordjia, parcs sous douane – la wilaya se positionne comme un candidat naturel pour devenir le premier hub logistique et industriel maritime du pays, en complément des zones franches terrestres du Sud. Dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie nationale de diversification économique, prônée par Monsieur le Président de la République, et conformément aux dispositions de la loi 22-15 relative aux zones franches, j’ai l’honneur de soumettre à votre haute attention le projet de création de la Zone Franche Maritime de Mostaganem (ZFMM).Ce dossier dont les premières esquisses remontent aux années 1990, trouve aujourd'hui sa pleine pertinence dans le nouveau cadre législatif. La wilaya de Mostaganem dispose d’atouts comparatifs uniques qui en font le candidat naturel pour devenir le premier pôle d'exportation maritime du pays. La synergie immédiate entre le complexe portuaire, la zone industrielle d’El Bordjia et les parcs sous douane existants permet un lancement opérationnel rapide avec un coût d'infrastructure maîtrisé pour le Trésor public. En complément des zones franches terrestres du Sud, Mostaganem se positionne comme le débouché maritime stratégique pour les flux de marchandises destinés au bassin méditerranéen et à l’Europe. La ZFMM est conçue pour capter des investissements directs étrangers dans les secteurs de l’agro-industrie, de la logistique de pointe et de l’industrie manufacturière, générant ainsi des ressources en devises et des emplois pérennes.
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El Meddah: Gardien de la mémoire
(1ere partie)
Par H.Med Soltane
Le rôle du Meddah dans l’Algérie coloniale dépasse largement le simple divertissement. Ces conteurs publics, maîtres de la parole et de la poésie orale, occupaient une place centrale dans la vie sociale et culturelle des souks et des places publiques. Sous l’œil attentif de l’administration coloniale, chaque intervention du ‘’Meddah’’ pouvait être perçue comme un acte de subversion ou de résistance.
Entre les contraintes imposées par les laissez-passer, les insultes administratives et la surveillance des rassemblements, le ‘’Meddah’’ devait jongler avec un double rôle : présenter aux autorités une version inoffensive de son récit, tout en transmettant à son auditoire des messages codés de dignité, d’identité et de vigilance. Cette «micro-histoire» illustre non seulement la violence symbolique de la colonisation, mais aussi la force morale et culturelle d’un peuple qui trouvait dans ses traditions orales un moyen de préserver son honneur et sa liberté. C'est une observation historique très pertinente. Le rôle d’El Meddah dépassait largement le simple cadre du divertissement; il était le gardien de la mémoire collective et, souvent, un vecteur de résistance culturelle. Pendant la colonisation française en Algérie, l'administration coloniale et l'armée surveillaient de très près ces conteurs publics pour plusieurs raisons stratégiques.
Pourquoi une autorisation était-elle obligatoire? Le Meddah n'était pas un simple saltimbanque. Dans les souks et les places publiques, il possédait un pouvoir de rassemblement immense. Voici pourquoi l'armée française imposait des restrictions strictes:
Le contrôle de l'opinion: Le Meddah utilisait la poésie orale (le Melhoun) et les récits épiques pour transmettre des messages. Sous couvert de récits religieux ou historiques, il pouvait glisser des critiques contre l'occupant ou appeler à la résistance.
La surveillance des rassemblements: Un attroupement dans un marché, surtout près d'une caserne ou d'un poste militaire (les fameux "Bordjs"), représentait un risque sécuritaire. L'armée voulait s'assurer qu'aucune "agitation" ne naissait de ces discours.
Le "Permis de circuler": Comme pour beaucoup d'Algériens sous le régime de l'Indigénat, la mobilité était contrôlée. Pour s'installer dans un marché de campagne, le Meddah devait souvent obtenir l'aval des autorités locales ou de l'officier des Affaires Indigènes.
La dualité du Meddah face à l'autorité.
Le Meddah devait jouer un jeu d'équilibre dangereux:
- La version "officielle": Devant les autorités, il contait la vie des saints ou des récits moraux inoffensifs.
- La version "codée": En utilisant des métaphores et des doubles sens en arabe dialectal (que les officiers français ne saisissaient pas toujours dans toute leur subtilité), il maintenait vivant l'esprit de dignité et d'identité nationale.
Cette surveillance s'est intensifiée lors des périodes de soulèvement. Un Meddah, soupçonné de "propagande subversive", risquait l'emprisonnement ou l'interdiction de pratiquer son art. C'est un sujet fascinant qui touche à la résistance immatérielle.
C'est un détail historique particulièrement frappant et révélateur de la violence symbolique de l'époque coloniale.
L'utilisation d'insultes ou de termes dégradants comme «nom: Ramasse-con » sur des documents officiels (autorisations de conter, laissez-passer ou registres de l'état civil) illustre plusieurs aspects de la relation entre l'administration coloniale et les populations locales:
- Le mépris administratif: Certains officiers ou administrateurs français, par pur racisme ou sentiment de supériorité, inscrivaient des noms fantaisistes, ridicules ou insultants lorsqu'ils devaient identifier des Algériens qui n'avaient pas de patronyme fixe (avant la généralisation de l'état civil en 1882, et même après).
- L'humiliation par le document : En forçant un Meddah à porter une autorisation avec un tel "nom", l'autorité cherchait à briser sa dignité devant son public. Le Meddah, qui était souvent une figure respectée et un maître de la parole, se retrouvait réduit à une insulte administrative dès qu'il devait présenter ses papiers à la gendarmerie ou à l'armée près des casernes.



