Balayée par un vent violen.t Oran ou la fragilité de notre environnement urbain

Les vents violents qui ont récemment frappé plusieurs régions du pays, ont rappelé, de manière tragique, la fragilité de notre environnement urbain. Le décès d’un homme, surpris dans sa voiture par la chute d’un important bloc provenant d’un immeuble à Alger et la mort d'un enfant à El Derb à Oran, ne sont pas de simples faits divers. C’est un signal d’alarme brutal qui met à nu un danger longtemps ignoré. À Oran, les immeubles menaçant ruine font désormais partie du quotidien. Façades lézardées, balcons fissurés, corniches prêtes à s’effondrer au moindre coup de vent: la menace est permanente. Chaque épisode d’intempéries transforme certaines rues en véritables pièges pour les passants et les automobilistes. La ville vit sous une épée de Damoclès, dans une inquiétante banalisation du risque. Cette menace est loin d’être abstraite. Elle touche des quartiers et des artères bien identifiés. À Sidi El Houari, cœur historique de la ville, de nombreux bâtiments anciens affichent un état de dégradation avancé. À Derb, à Eckmühl, sur la rue Marcel Cerdan, la rue Cavaignac et dans plusieurs rues avoisinantes et ailleurs, les chutes de morceaux de béton, les balcons fragilisés et les fissures béantes sont régulièrement signalés par les riverains. Ces zones densément fréquentées exposent quotidiennement des centaines de citoyens à un danger réel, particulièrement lors des périodes de vents violents. Les pouvoirs publics portent une lourde responsabilité dans cette situation. L’absence d’un recensement rigoureux et actualisé des immeubles menaçant ruine, la lenteur administrative et le manque de chantiers visibles de réhabilitation ou de démolition aggravent le sentiment d’abandon. Les mises en demeure restent souvent lettre morte, pendant que les bâtiments classés dangereux continuent d’être habités ou logés quotidiennement. Mais il serait malhonnête de faire porter toute la responsabilité à l’État. Une partie des habitants contribue aussi à cette dégradation. Beaucoup refusent d’engager la moindre réparation, même urgente, et attendent systématiquement une prise en charge totale par les pouvoirs publics. Dans plusieurs copropriétés, l’entretien est négligé, les avertissements ignorés, jusqu’à ce que le danger devienne mortel. Cette culture de l’attente est dangereuse. La sécurité urbaine ne peut reposer uniquement sur l’intervention de l’État. Elle commence aussi par la responsabilité citoyenne. Réparer, consolider, signaler un danger ne devrait pas être perçu comme une charge, mais comme un devoir collectif. À Oran, continuer à fermer les yeux sur les immeubles fragilisés, c’est accepter l’idée que d’autres drames puissent se produire. Les intempéries ne préviennent pas, les murs ne préviennent pas. Seule l’action, rapide et coordonnée, entre autorités et habitants, peut éviter que la ville ne se réveille à nouveau endeuillée par un drame pourtant prévisible et évitable. À Oran, continuer à ignorer les immeubles menaçant ruine, revient à accepter le risque de nouveaux drames évitables. Ni les autorités ni certains habitants ne peuvent se réfugier éternellement derrière l’attentisme. Face aux intempéries de plus en plus violentes, seule une action immédiate, responsable et partagée peut empêcher que la négligence ne se transforme, une fois encore, en tragédie.


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