Les tours n’ont pas seulement transformé le paysage urbain, elles ont profondément blessé la ville. Là où s’étendaient autrefois des quartiers harmonieux, aérés, baignés de soleil et chargés d’histoire, se dressent aujourd’hui des immeubles massifs, imposants, souvent hors d’échelle. Une urbanisation brutale, autorisée et encouragée, qui a sacrifié l’âme des anciens quartiers sur l’autel du béton et du profit. Car il faut le dire sans détour: rien de tout cela n’est le fruit du hasard. Si les promoteurs construisent n’importe où, n’importe comment, c’est parce qu’on leur en a donné l’autorisation. Des permis de construire accordés à la chaîne, parfois au mépris des règles d’urbanisme les plus élémentaires, sans études sérieuses d’impact, sans considération pour l’environnement immédiat ni pour les habitants déjà installés. Le résultat est visible et vécu au quotidien. Des rues étroites plongées dans l’ombre permanente, des logements privés de soleil et de ventilation, des espaces autrefois ouverts désormais étouffés par des blocs de béton. Que ce soit à Gambetta, Cuveillier, Choupot, Brunie…, la densification s’est faite sans vision, sans plan global, transformant certains quartiers en véritables cages urbaines où la qualité de vie recule inexorablement. Mais le béton ne surcharge pas seulement l’espace, il écrase aussi les services publics. Écoles primaires, collèges, lycées : tous sont aujourd’hui saturés. Des établissements, conçus pour une population limitée, doivent absorber des milliers d’élèves supplémentaires, conséquence directe de constructions anarchiques autorisées sans anticipation. Classes bondées, manque d’infrastructures, pression sur les enseignants: l’urbanisme irresponsable d’hier devient le problème social d’aujourd’hui. La même pression s’exerce sur les réseaux: eau, assainissement, électricité, voirie. Tout est mis à rude épreuve, parce que la logique a été inversée. On construit d’abord, on réfléchit après. Et souvent, on ne réfléchit jamais. Les habitants, eux, paient le prix fort: embouteillages, manque de stationnement, nuisances permanentes, disparition des rares espaces de respiration. Ce qui choque le plus, c’est le silence complice autour de cette dérive. Comment expliquer que des tours surgissent au cœur de quartiers anciens sans que personne ne s’interroge? Comment justifier qu’on autorise des hauteurs excessives dans des zones déjà saturées? La responsabilité est claire et partagée: ceux qui construisent, cherchent le profit ; mais ceux qui autorisent, portent une responsabilité morale et administrative lourde. La ville n’est pas un terrain de spéculation. Elle est un espace de vie, de mémoire, d’équilibre social. Continuer à livrer ses quartiers aux appétits des promoteurs, sans règles strictes ni vision durable, revient à hypothéquer son avenir et celui des générations à venir. Il est temps de poser la question qui dérange : qui protège la ville et ses habitants ? Et surtout, jusqu’à quand continuera-t-on à fermer les yeux pendant que le béton gagne, que le soleil disparaît et que la vie urbaine se dégrade, immeuble après immeuble ?
Les tours d'habitation se multiplient à Oran. Le béton étouffe les anciens quartiers
- par Youcef. Chaibi
- Le 30 Janvier 2026
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