La salle de conférence du cabinet du wali a été, ce dimanche, le théâtre d’une réflexion profonde sur l’un des piliers les plus sensibles du service public, à savoir le transport scolaire. Au-delà d’une simple session de sensibilisation, cette rencontre a mis en exergue le hiatus persistant entre les ambitions de sécurité routière et les réalités matérielles et humaines du terrain. Sous l’égide de la wilaya, en étroite coordination avec la Direction des Transports et la Délégation de la Sécurité et de la Prévention Routières, ce séminaire a réuni un panel hétéroclite mais complémentaire de chauffeurs de bus, gestionnaires de parcs communaux, cadres de la Sûreté et de la Gendarmerie nationale ainsi que des représentants de la société civile. L’objectif était double, instaurer une pédagogie de la vigilance et recueillir le diagnostic, souvent acerbe, des praticiens du bitume. Si l’ordre du jour portait sur la formation, les débats ont rapidement glissé vers une sociologie du métier de conducteur en milieu communal. Les témoignages ont révélé une situation d'une complexité alarmante. Les chauffeurs ont dénoncé une «polyvalence subie»: dans de nombreuses communes, l'agent affecté au transport d'élèves se voit également investi de missions de collecte de déchets ou de colportage d'eau. Cette dilution des compétences, imposant des amplitudes horaires dépassant parfois les douze heures consécutives, engendre une fatigue cognitive, incompatible avec les exigences de la sécurité routière. À cette pression temporelle s'ajoutent l'obsolescence du matériel et une saturation systémique. Comment garantir l'intégrité physique des enfants lorsque des bus, parfois vétustes, voient leur capacité réglementaire doublée, accueillant jusqu'à soixante élèves dans une promiscuité périlleuse?
L’un des points nodaux de la rencontre fut l’absence de convoyeurs ou d'accompagnateurs. En l’état actuel, le chauffeur est investi d’une double charge, la navigation technique et la gestion disciplinaire. Ce «dualisme contraignant» force souvent le conducteur à interrompre sa course pour arbitrer des altercations ou prévenir des dégradations. Le plaidoyer pour la présence d'un tiers médiateur à bord apparaît dès lors, non comme un luxe, mais comme une nécessité fonctionnelle pour sanctuariser l'espace du bus. Intervenant en tant que figure de proue de cette journée, le Docteur Kouach M’hamed, chercheur et expert international en sécurité routière, a tenté de redéfinir les contours éthiques et techniques de la profession. Son intervention s'est articulée autour du concept de conduite défensive et préventive. Pour le Dr Kouach, le chauffeur n’est pas un simple exécutant, mais un « gestionnaire de risques ». Il a insisté sur l'importance de l'anticipation, de la maîtrise émotionnelle face à l'indiscipline et du respect scrupuleux des protocoles d'arrêt. Mais l'expert a également rappelé que les devoirs ne sauraient occulter les droits notamment la pérennisation de la formation continue pour adapter les réflexes aux nouvelles réalités routières, le suivi médico-psychologique régulier, indispensable pour des agents soumis à un stress chronique et l’identification statutaire, par le port d’une tenue professionnelle ou, au minima, d’un gilet distinctif, afin d'imposer le respect des autres usagers de la route. En clôture de cette demi-journée présidée par le chef de cabinet du wali, le directeur des Transports s'est engagé à porter ces doléances au sommet de la hiérarchie locale. La présence des corps de sécurité (Police et Gendarmerie) a rappelé que la sécurité des élèves est une responsabilité partagée où la rigueur répressive doit s'effacer devant une culture de la prévention bien ancrée.
Sidi Bel-Abbès. Journée de sensibilisation des chauffeurs de transport scolaire
- par Mohamed Nouar
- Le 04 Janvier 2026
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