Selon l'ancien président et membre fondateur de l’UNAT, Lazreug Mohamed, la crise actuelle du transport public de voyageurs n’est pas une fatalité : c’est une faillite de gestion. Pendant des années, le secteur a été bâti avec rigueur, professionnalisme et concertation, avant d’être livré à l’improvisation et au clientélisme. Quand l’UNAT fut créée en 1993, son rôle était clair : représenter les transporteurs, dialoguer avec l’État et défendre un service public digne de ce nom. Ce partenariat fonctionnait. Le ministère des Transports associait l’UNAT aux grandes décisions, conscient que l’expérience du terrain ne pouvait être ignorée. En 1997 encore, les assises du transport furent organisées avec la contribution de cette organisation et débouchèrent sur une réforme structurante: la séparation du transport communal et inter-wilaya. Cette organisation avait du sens. Pour exploiter des lignes inter-wilaya, il fallait être une entreprise solide : trois autobus au minimum, un parc de maintenance opérationnel, des véhicules de dépannage. Autrement dit, seules les sociétés sérieuses pouvaient assurer les grandes lignes. Résultat : des emplois en masse pour des conducteurs qualifiés, des mécaniciens spécialisés, des carrossiers, du personnel de remplacement. Une véritable filière professionnelle se construisait, avec ses règles, ses normes et son avenir. L’État, pour sa part, administrait les gares routières en concertation avec l’UNAT, garantissant discipline et organisation. Dès 2001, un contrôle technique obligatoire fut imposé aux véhicules de transport, ciblant trois éléments vitaux: suspension, freinage et direction. C’était une avancée majeure. Le transport public avançait dans le bon sens. Les horaires étaient un principe cardinal dans le domaine du transport, et à cet effet chaque opérateur était tenu d’observer scrupuleusement les indications portées sur sa carte délivrée par la direction locale compétente. Les contrôles sur les trajets effectués par les agents relevant de la coordination concernée étaient de rigueur. Les sanctions en cas d’abus aussi. Mais tout a basculé en 2008. L’arrivée d’un ministre aux méthodes irréfléchies a plongé le secteur dans le chaos. Pendant cinq longues années, jusqu’en 2013, il a démantelé tout ce qui avait été construit. Sa décision la plus catastrophique fut d’autoriser les petits transporteurs communaux à investir le transport inter-wilaya. Avec quoi ? Avec des fourgons bricolés en bus, conduits par du personnel inexpérimenté.
Ce fut l’entrée en scène d’un transport sauvage, sans règles, sans sécurité, sans avenir. Résultat : une concurrence déloyale qui a asphyxié les grandes entreprises et ruiné des milliers d’emplois qualifiés. Pire encore, ce même ministre a imposé certains tracés de tramways dans les artères commerciales les plus dynamiques dans des villes comme Oran (Rue de Mostaganem) et Mostaganem (Avenue Benyahia Belkacem). Ces boulevards, jadis vivants et prospères, sont devenus des «avenues mortes», désertées, sans activité. Il faut avoir le courage de le dire: le transport public a été clochardisé. Cinq années de gestion aveugle ont suffi pour faire voler en éclats un secteur qui, jusque-là, se construisait sur des bases solides. Aujourd’hui, les conséquences sautent aux yeux : Un transport inter-wilaya anarchique, dominé par des véhicules inadaptés ; disparition progressive des entreprises structurées ; perte de milliers d’emplois qualifiés ; dégradation des conditions de voyage pour des millions d’usagers. Les voyageurs sont devenus les otages d’un système défaillant : retards, insécurité, inconfort. Le transport public, au lieu d’être un pilier de la cohésion sociale et économique, est devenu une source de désordre et de méfiance. Il est temps de tirer les leçons de cette faillite. Le secteur du transport ne peut pas être livré aux expérimentations improvisées. Il exige rigueur, discipline et vision. Reconstruire le transport public, c’est restaurer la sécurité des voyageurs, créer de l’emploi qualifié et rendre au pays des infrastructures dignes de son peuple. Il n’y a pas de secret : cela passe par la fin du bricolage et le retour à une gouvernance responsable. Car derrière chaque bus mal entretenu, derrière chaque accident évitable, derrière chaque gare routière livrée au désordre, il y a une responsabilité politique. Et cette responsabilité, il est temps de la nommer, de la reconnaître et de la corriger.
Pour notre part, et en tant qu’ancien opérateur dans un domaine où nous avons exercé de père en fils, nous lançons un appel pour la réactivation de la coordination entre l’administration chargée du transport de voyageurs et l’union des transporteurs publics et privés, afin de rendre au secteur son sérieux, son efficacité et son lustre d’antan. Nous sommes disposés à mettre à profit notre expérience pour apporter tous nos conseils et notre contribution, en vue de réaliser un redressement de la situation dans les règles et exigences de cette noble activité, au bénéfice de la population.
Pour reconstruire le transport public. Rigueur, discipline et vision
- par D. Benani
- Le 18 Août 2025
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