Au niveau des tribunaux et des cours, les juges sont happés par une multitude de dossiers et d'affaires relatives au divorce et la pension alimentaire. Les chiffres sont effarants. Il y a réellement péril en la demeure, eu égard aux chiffres et statistiques. Selon les chiffres les plus récents du ministère de la Solidarité nationale, plus de 70.000 divorces sont enregistrés chaque année en Algérie, soit un taux avoisinant 20 %. Un niveau qui se rapproche de celui constaté en France où près de 45 % des unions finissent par un divorce. Selon un avocat, chaque fois que j’entre dans une salle d’audience, je suis frappé par le nombre considérable de personnes, tous âges confondus, qui demandent la séparation ou le divorce. C'est un constat sans complaisance au niveau de ces juridictions et inquiète profondément pour l’avenir de notre société car la cohésion est importante pour les générations. En Algérie, pendant les trois premières années de mariage, trois couples sur quatre divorcent. L'Office national des statistiques (ONS) a recensé en 2023 un nombre de 91.402 divorces sur 278.664 mariages, soit un taux avoisinant les 33,5 %. Les conséquences du divorce en Algérie, selon les robes noires que nous avons rencontrées au niveau des tribunaux et cours d'Alger, restent unanimes: le divorce cause aux couples et à la famille un lourd préjudice: familles éclatées, enfants fragilisés, tensions économiques et sociales... Les différentes causes, selon nos interlocuteurs, sont le chômage, l'incompatibilité du coupe, milieu social différent, niveau d'instruction, pressions économiques... Pour certains avocats, il s'agit du choix précipité du conjoint, de l'absence de dialogue, de l'influence toxique des réseaux sociaux. Il faut dire que ce volet se taille la part du lion dans la mesure où les réseaux sociaux infiltrent les foyers et causent un préjudice moral et psychologique aux couples. Quand le socle familial se fissure, c’est toute la société qui tremble, disent certains sauf que dans certains cas, le divorce peut être considéré comme une bouée de sauvetage. La durée des mariages avant divorce tend à se raccourcir. Par contre, la hausse du divorces par compensation (Khol'â) qui est le divorce demandé par l'épouse via la compensation où l'épouse peut se séparer moyennant le versement d'une somme, est un phénomène observé car ce cas est de plus en plus élevé et les causes sont multiples, attribuées souvent à la violence conjugale, s'ajoutant à cela l'alcoolisme ou les substances pour le mari d'où l'urgence de demander le divorce tel que contenu dans le code de la famille. Il y a lieu de rappeler que le divorce est réglementé par le Code de la famille. Il peut être prononcé par consentement mutuel ou à la demande de l'un des époux. La répudiation par le mari est également une forme de divorce mais l'épouse peut obtenir une compensation financière si elle prouve un abus de cette faculté. L'épouse peut également demander le divorce, moyennant une compensation financière ou pour des motifs spécifiques tels que le défaut de paiement de la pension alimentaire ou l'incapacité de l'époux. La garde des enfants est généralement confiée, très souvent à la mère en cas de divorce.
Plus de divorces et moins de mariages en Algérie. Un constat sans complaisance
- par Nadira FOUDAD
- Le 10 Août 2025
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