En cette saison estivale, Béjaïa ne désemplit pas. Entre mer scintillante, montagne verdoyante et patrimoine millénaire, l’ex-capitale des Hammadides attire chaque jour davantage de visiteurs en quête d’évasion, de fraîcheur et d’histoire. Plus qu’une destination balnéaire, Béjaïa offre une immersion authentique au cœur d’un territoire où nature et mémoire se conjuguent avec harmonie. Première halte dans la Casbah de Béjaïa, perchée sur les hauteurs de la ville. Construite au XII? siècle par les Hammadides, cette citadelle domine le port et rappelle la splendeur médiévale d'une ville qui fut jadis un phare du savoir méditerranéen. Dans ses ruelles étroites, le visiteur perçoit encore l’écho des dynasties passées. A quelques encablures, Bab el Bahr, la «Porte de la mer» se dresse fièrement. Érigée en 1070, elle symbolise l’ouverture de Béjaïa vers le monde, à une époque où la ville était un pôle de commerce important. Plus loin, la mosquée «Ibn Khaldoun» rappelle que Béjaïa fut aussi un foyer spirituel et théologique d’importance. Après d’importants travaux de restauration, le fort Gouraya est devenu un véritable lieu de pèlerinage pour ceux qui affluent des quatre coins du pays et de l’étranger. Il est aujourd’hui l’un des sites les plus prisés de la région. Gouraya est un lieu de ressourcement pour beaucoup notamment grâce à la présence du mausolée de Yemma Gouraya, mais aussi en raison de son emplacement exceptionnel au cœur du parc national éponyme. Celui-ci abrite forêts, lacs et une biodiversité remarquable. Au cœur de cette biodiversité naturelle, le Parc national de Gouraya (PNG) occupe une place centrale. Bien qu’il soit le plus petit des dix parcs nationaux d’Algérie, avec une superficie terrestre de 2.080 hectares, il concentre une richesse écologique exceptionnelle. À cette superficie s’ajoutent une zone marine de 11,5 km de côte ainsi qu’un écosystème lacustre : le lac Mezaïa, 03 hectares d’eau douce nichés au cœur même de la ville, intégré au parc depuis 2000. Le PNG abrite plus de 18.000 espèces vivantes et pas moins de 14 sites historiques et 09 sites pittoresques. Parmi eux : le fort Gouraya, le fort Lemercier, la tour Doriac, le célèbre Pic des Singes, le marabout de Sidi Touati ou encore le plateau des Ruines. Un inventaire impressionnant pour un territoire aussi restreint. Mais cette richesse est aussi menacée. Situé en zone suburbaine, en contact direct avec la ville de Béjaïa, le parc subit une pression permanente : urbanisation galopante, dépôts de déchets, feux de forêt… Autant de dangers pour la préservation de ce patrimoine. Symbole vivant du parc, le singe magot — ou singe de Barbarie — y évolue en liberté. Huit groupes totalisant plus de 200 individus ont été recensés. Mais ces dernières années, ces primates se rapprochent de plus en plus de la ville, surtout en hiver. On les voit déambuler dans les quartiers urbains, jusqu’à la petite forêt jouxtant le théâtre régional de Béjaïa. Ce comportement, nous explique un conservateur de la Direction du parc, est « dû à l’accoutumance à la nourriture humaine», en précisant que « les singes, nourris par les visiteurs, perdent leur instinct naturel de régulation et cherchent désormais la main de l’homme pour se sustenter ». Une dénaturation préoccupante pour une espèce protégée. Toujours au sein du parc, à Sidi Touati, a été créé un musée des microsystèmes biologiques de synthèse. Unique en son genre à l’échelle nationale, ce musée présente des échantillons vivants de biodiversité locale et constitue un formidable outil de pédagogie environnementale, en particulier pour les plus jeunes. Aujourd’hui, une véritable alerte est lancée par les conservateurs du parc et la société civile de Béjaïa. Les agressions continuent contre cet écosystème fragile, qualifié de laboratoire à ciel ouvert, classé par l’Unesco. Au centre-ville, la Place du 1er Novembre 1954 s’anime dès les premières heures du jour. Autour, les cafés s’emplissent d’habitants discutant en kabyle ou en arabe, les odeurs de pain chaud se mêlent à celles du café noir et les artisans dévoilent leurs trésors dans les souks colorés. Sur la promenade de la Brise de mer, familles, jeunes couples et visiteurs déambulent au rythme des vagues. Ici, Béjaïa montre son visage moderne, ouvert, festif. On y mange une glace, on y écoute de la musique locale jouée parfois par des musiciens et artistes de la région et/ou on y observe simplement la mer. Héritière d’une culture amazighe millénaire, Béjaïa se lit comme un livre ouvert sur l’histoire de la Méditerranée. Béjaïa n’est pas une ville que l’on visite, c’est une ville que l’on ressent. Ici, chaque pierre, chaque sentier, chaque regard semble murmurer un fragment d’histoire, une émotion, un souvenir.