Le Centre de recherche en langue et culture amazighes (CRLCA) de l’université de Béjaïa a organisé un colloque consacré à la transformation des modèles de gouvernance dans les villages kabyles, en s’interrogeant sur le passage de la Tajmaât aux associations modernes. Les participants à cette rencontre scientifique ont diagnostiqué les mutations de la gouvernance participative locale dans les villages kabyles, en soulignant «l’importance historique de la Tajmaât qui a su résister à la domination coloniale et continuer à jouer un rôle central lors de périodes de crise, comme durant les années 1990 et le Printemps noir». Les sociologues présents ont retracé le parcours de cette forme ancestrale de gouvernance, en mettant en lumière ses «mécanismes de maintien de l’ordre social et sa pertinence», tout en rappelant «son rôle historique de solidarité, de régulation et de stabilisation dans les villages». Les échanges ont permis de valoriser «la richesse du système coutumier kabyle, longtemps perçu comme un modèle d’organisation démocratique», qui tente aujourd’hui «de résister, tant bien que mal, à un contexte marqué par la bureaucratisation, l’exode rural et la complexité des enjeux sociaux». À travers les communications présentées, les intervenants ont mis en évidence «les adaptations de cette institution communautaire de Tajmaat, souvent intégrée, réinventée ou concurrencée par les dynamiques associatives actuelles», des travaux de terrain portant sur plusieurs villages ont montré «la coexistence, parfois harmonieuse et parfois conflictuelle, entre anciens notables et jeunes leaders associatifs». Des relations intergénérationnelles qui interrogent le sens même de la représentativité et de la légitimité dans l’espace local. Cette rencontre a également permis de réfléchir «à l’avenir du vivre ensemble dans les villages kabyles, à la manière de conjuguer mémoire et modernité et à la nécessité de préserver l’esprit de solidarité, sans figer les formes qu’il peut prendre», a souligné un chercheur intervenant qui salue l’initiative du Centre de recherche en langue et culture amazighes (CRLCA) qui a «initié ce débat, en posant la problématique de la mission de passerelle entre héritage culturel et enjeux sociétaux contemporains de Tajmaât». En somme, le colloque organisé par le Centre de recherche en langue et culture amazighes a permis d’ouvrir un espace de réflexion sur les métamorphoses que traversent les villages kabyles, qui se cherchent à cohabiter entre héritage et renouveau. Tajmaât, bien que fragilisée par les mutations, continue de s’imposer comme un modèle de gouvernance locale au moment où les associations émergentes tentent, à leur tour, d’insuffler une dynamique nouvelle aux villages. Le Centre de recherche en langue et culture amazighes de l’université «Abderrahmane Mira» de Béjaia a le mérite de poser le diagnostique du mode de gouvernance des villages en Kabylie entre organisation ancestrale et modernité. Une démarche saluée par l’ensemble des participants qui ont exprimé leur souhait de voir ce type de rencontres se multiplier, à l’heure où l’État accorde une place importante à la société civile dans la gouvernance participative locale.
Béjaia. Les mutations de la gouvernance villageoise au cœur d’un colloque
- par Hocine Smaali
- Le 22 Avril 2025
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