Vie de quartiers à Mostaganem. Des jeunes «ghettoïsés» portent encore des clichés noircis

Depuis la période coloniale, la géographie de la ville de Mostaganem n’a jamais été un avantage pour les habitants de certains quartiers. Une ville divisée en rive gauche et rive droite, séparée par l’Oued Ain Sefra, laisse ces quartiers dans un isolement à tous points de vue. El Arsa, El Houria, Tigditt, Diar El Hana et El Plato sont des zones que les autorités locales ne connaissent que par les aspects négatifs car dans ces lieux, ils ne s’y rendent pas sinon jamais. Ces zones semblent être devenues le théâtre d’une exclusion croissante de la jeunesse. Oui la jeunesse, cette jeunesse, loin des yeux, accumule les mêmes contre-performances sociales, échecs scolaires, galères quotidiennes, violences, harga et recours à l’économie souterraine. Vivre jeune dans ces quartiers, c’est être victime d’un cliché assombrissant, c’est aussi vivre dans un exil intérieur, dans le néant, sans perspective aucune. Ces jeunes massivement déscolarisés survivent dans un espace conflictuel, un espace hostile, un espace reconnu par une absence manifeste de l’autorité. Ces espaces où le vide règne, occupent un territoire qui est uniquement à eux car les autres ne descendent jamais chez eux pour essayer de les connaître ou de s’enquérir de leur situation. Ces jeunes démunis, sans emploi, sont assignés à résidence avec en plus l’étiquette tenace de l’inutilité sociale et de la dangerosité qui leur colle à la peau. Si l’on aborde le volet culturel dans ces quartiers, comme définition c’est aussi complexe que les autres aspects de la vie car tout simplement, cela reste inexistant. Tous ces quartiers se retrouvent loin de la culture car à Mostaganem, toute la culture est concentrée aux 400 lgts. Ces espaces sectorisés attendent toujours des programmes de développement pour leur apporter de l’espoir. Cette jeunesse, peut-on dire «ghettoïsée», porte ses clichés assombrissants pour être négativement discriminée… Etre discriminé négativement, c’est être associé à un destin sur la base d’un statut que l’on n’a pas choisi, mais que les «autres» vous renvoient sous la forme d’un stigmate. Cette jeunesse est là, elle ne fait partie d’aucun programme, ni culturel ni autre, elle n’est même pas reconnue dans sa citoyenneté effective car elle occupe le ghetto. Sa situation est paradoxale, ils sont citoyens dans les documents qu’ils portent, néanmoins ils subissent un traitement différentiel et discriminant qui les disqualifie car ils sont trop loin des décideurs et ces décideurs ne les connaissent que par les statistiques. Il est ahurissant de savoir que ni le maire, ni le chef de daïra ne s’y rendent dans ces lieux afin d’améliorer leur cadre de vie. Quant aux représentants du Haut Conseil de la Jeunesse de la wilaya de Mostaganem, ils sont inconnus au bataillon, ils n’ont pas encore compris que dans ces quartiers, il y a aussi des jeunes qui ont besoin d’être écoutés. On a souvent fait allusion à ces jeunes des quartiers, dans les discours creux des politiciens et dans certaines circonstances électorales, on les a courtisés, pas plus. Les jeunes ont compris qu’il y a un préjugé grave. Ils ont compris que le divorce est consommé et c’est l’histoire qui est fautive. Les contradictions chez ces jeunes sont trop manifestes, car elles sont estampillées par des stéréotypes un peu dramatiques. Ces jeunes subissent la dynamique de la séparation géographique et de temps à autre, ils lancent des cris de désespoir, ils essaient de s’affirmer par des bagarres de quartiers entre eux-mêmes. Il semble que ces communautés des jeunes font surtout grossir les statistiques carcérales. Doit-on rester dans cet état de coagulation de toute une génération? Les jeunes de ces zones, qui ont payé un lourd tribut durant la période coloniale, doivent aspirer à mieux et ne pas être abandonnés à eux-mêmes. L’Etat a l’obligation de se pencher sur cette situation de fatalité pour apporter des solutions à cette marginalisation. Il ne s’agit pas là de multiplier les commissariats, il s’agit de mettre sur pied une politique cohérente pour prendre en charge correctement une situation déjà diagnostiquée de dangereuse. L’histoire, toute fraîche, a démontré que les jeunes, désœuvrés, exclus, marginalisés, sont vulnérables à toutes les manipulations. Ces jeunes sont disposés à chercher des solutions à leurs problèmes.

Ces clichés malheureusement existent dans ces zones d’ombre où les jeunes pâtissent d’une mauvaise image qui suscite souvent la peur. A défaut d’activités culturelles, formatives et économiques, ces quartiers invitent à la violence, à l’agressivité, à la drogue et à tous les autres maux de la société. Il y a lieu de signaler que l’on a abordé la problématique qu’au masculin car au féminin, cela reste à décrypter. Il est aussi nécessaire de porter une profonde réflexion afin d’envisager déjà une intégration de ces quartiers dans la politique de développement local. Ceci changera peut-être chez les jeunes leur façon de regarder la vie.

 


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