On a certainement dû penser au citoyen aisé en essayant de mettre à sa portée la banane mais pas n'importe qui. Le pauvre quant à lui, il a le droit de la voir cette sacrée banane et même d'en sentir l'odeur. Sa satiété passe par cette douloureuse relation à la fois amoureuse et concupiscente qu'il entretient du regard avec ce fruit exotique. A Saïda, tout le monde parle de la banane et de son prix qui monte en flèche. On en parle avec une certaine avidité comme si tous les maux qui pèsent sur notre société connaissent un dénouement grâce au mana de ce fruit. Mais l'absurdité d'un tel état de fait est ailleurs que dans ce fruit savoureux du citoyen. Le problème réside plutôt dans cet esprit naïf s'estimant sur le point de recouvrer sa citoyenneté parce que le marché est inondé par le fruit mais… à quel prix? C'est vivre dans un certain infantilisme mal résolu qui se contente du futile tandis que l'indispensable, la spéculation sur les choses de la vie de la cité reste taboue. Un fruit exclusif ! Ainsi donc en fouillant un petit peu dans la cassette de notre mémoire qui enregistre nos souvenirs, on revoit tout de suite la Banane dans une des rares et furtives apparitions des années 80. On a l'impression que tout avait commencé par ce fruit qui n'a pourtant rien de maudit. Mais nous croyons toujours que la banane ne s'est jamais empêchée de rêver, de jouer un rôle éminemment politique et qu'elle serait porteuse de plusieurs mutations à la faveur du citoyen aisé, banalisé et repu aujourd'hui et affamé demain. Alors sommes-nous conviés dans un montage de dramaturge à jouer le rôle de mangeurs circonstanciels de bananes. Sans plus, toute la symbolique du mot est là.