Le Carrefour de Mostaganem

Les Sablettes. Station balnéaire fantôme

Par Y.Zahachi

Une fois l’effervescence estivale évaporée, la zone touristique des Sablettes, pionnière du développement balnéaire en Algérie, sombre dans une léthargie inquiétante. Entre gestion chaotique, insécurité et infrastructures défaillantes, cette cité balnéaire peine à survivre hors saison, offrant le spectacle désolant d’un «village» abandonné à son sort. Pour les Mostaganemois habitués à cette plage, c’est un «été sous tension, un hiver sous respirateur» car en effet, l’été aux «Sablettes» rime avec surfréquentation mal gérée: parkings saturés, solariums anarchiques qui ont fini par éroder son image. Dès septembre, le décor se vide. Les hôtels encore ouverts survivent en autarcie, avec des taux d’occupation en chute libre. Beaucoup de complexes ont fermé, mettant leur personnel en congé forcé. Les structures gérées par les œuvres sociales du Complexe-Ecole «Hyproc de Sonatrach» tournent au ralenti, alimentant malgré elles ce sentiment de désœuvrement, déplore un habitant, sous couvert d’anonymat. Transport, commerces, énergie, c’est la triple peine, est-on tenté de dire puisqu’aucun bus ne relie Mostaganem aux Sablettes hors saison, isolant familles, pêcheurs et ouvriers. Sur le front de mer, les enseignes baissent les rideaux : la plupart des commerces sont convertis en chambres locatives, plus rentables. Les restaurateurs, eux, fuient. «Entre coupures d’eau prolongées, chutes de tension et pannes d’électricité, impossible de conserver des denrées ou d’accueillir des clients», témoigne un ancien gérant de restaurant. Seuls les véhiculés profitent des lieux car l’accès à la plage devient un privilège réservé aux possesseurs de voitures, creusant les inégalités avec les autres personnes non véhiculées et alors, pendant ce temps, fuites d’eau et réseaux électriques vétustes rappellent l’urgence de rénovations. Face à cette déliquescence et en termes d’appel à l’action, visant à faire éviter l’effondrement de cette zone balnéaire noble, par excellence car, visiteurs occasionnels en période d’hiver et habitants plaident pour une étude approfondie des causes de ce marasme. Pour eux : «Sans une réflexion sérieuse et des investissements dynamisants et ciblés, les Sablettes risquent de tomber en décrépitude définitive», alerte un économiste local. Il s’agirait donc de relancer les activités, repenser l’accessibilité, moderniser les infrastructures: autant de défis pour redonner une âme à cette zone autrefois promise à un avenir radieux. Les Sablettes, miroir des espoirs d’un vrai développement touristique, attend plus que des saisons estivales éphémères : une renaissance à travers l’urgence d’un sursaut salvateur de la part des autorités locales et ce, pendant qu’il est encore temps de faire quelque chose pour un tourisme durable.

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Mosaïque humaine entre tradition et modernité

Par Med Soltane

Mettre en valeur la composante sociologique des habitants de la wilaya de Mostaganem implique une analyse approfondie des origines, des dynamiques sociales, des mutations démographiques et des comportements culturels qui caractérisent cette région. Mostaganem, ville chargée d’histoire, se distingue par la richesse et la diversité de sa population. Carrefour de civilisations depuis des siècles, elle a su préserver une identité unique, forgée par les influences berbères, andalouses, arabes, ottomanes et africaines. Cette diversité, loin d’être une simple juxtaposition de communautés, constitue l’âme vivante de la wilaya.

                                                           Une terre d’accueil et d’histoire
Mostaganem a vu défiler les grandes tribus autochtones, telles que les Beni Zeroual, Medjaher, Beni Oureagh, Beni Zenitiss et Chorfa, ainsi que des familles, des Ben Ifrenides andalouses venues d’Espagne, fuyant la Reconquista. Ces dernières ont apporté avec elles un raffinement culturel et architectural encore visible aujourd’hui. D’autres tribus emblématiques, comme les Flita, les Akerma et les Beni Ifrenides, ont enrichi le tissu social de la ville. De même, la communauté noire, issue des anciennes routes transsahariennes, a laissé une empreinte indélébile, notamment à travers la musique et les traditions locales. La grande tribu des Hachems, quant à elle, demeure un symbole d’attachement aux valeurs ancestrales, incarnant l’honneur, la générosité et la résilience.

                                                           L’héritage ottoman, un marqueur d’émancipation
L’Empire ottoman a profondément marqué Mostaganem, laissant derrière lui une communauté de descendants turcs, issus des janissaires et administrateurs installés dans la ville dès le XVIe siècle. Ces familles, souvent modernes et ouvertes sur le monde, ont joué un rôle clé dans l’évolution sociale et économique de la ville. Leur influence se reflète encore aujourd’hui dans certains noms de famille, ainsi que dans la gastronomie et l’urbanisme. Mostaganem est aussi une terre de spiritualité, où les zaouïas occupent une place centrale. Des figures emblématiques comme Sidi Bouzid, Sidi Abdellah, Sidi Saïd El Bouzidi et Sidi Hamou Cheikh ont marqué les esprits, transmettant un héritage soufi qui perdure encore aujourd’hui. Les Chorfa, descendants des marabouts, continuent de bénéficier d’un profond respect au sein de la société. Malgré son attachement aux traditions. Entre les héritiers du monde rural et les nouvelles générations urbaines, entre la sagesse des anciens et l’élan de la jeunesse, un équilibre subtil se construit chaque jour. Ce mélange d’histoires et de cultures fait de Mostaganem bien plus qu’une ville : une terre d’humanité et de tolérance. C’est cette richesse qui mérite d’être préservée, pour que l’âme de Mostaganem continue de rayonner à travers les générations. Approfondissons, alors, certains aspects qui pourraient enrichir encore plus l'introduction. Les Interactions entre les Tribus et les Vagues Migratoires. Mostaganem n’a jamais été une société figée ; elle a constamment évolué au gré des migrations et des influences extérieures. Dès l’Antiquité, les Berbères autochtones, tels que les Beni Zeroual , Béni Ifren des et les Beni Oureagh, ont structuré la région en communautés bien organisées, vivant d’agriculture, d’élevage et de commerce. Avec l’arrivée des Arabes au VIIe siècle, de nombreuses tribus berbères se sont arabisées, adoptant progressivement la langue et certaines traditions. Plus tard, la migration andalouse a profondément marqué la ville, notamment par l’apport de nouvelles techniques agricoles, architecturales et artisanales. Ces Andalous, fuyant le tribunal d’inquisition, se sont intégrés dans le tissu existant tout en préservant certaines spécificités culturelles. Les Ottomans, au XVIe siècle, ont apporté une nouvelle dimension à Mostaganem, renforçant son rôle stratégique et y installant une administration militaire et commerciale efficace. La présence turque a favorisé l’essor d’une élite urbaine influente, dont les descendants ont souvent conservé des noms à consonance turque et ont joué un rôle majeur dans la modernisation de la ville. Enfin, la période coloniale française a modifié la composition sociologique de la ville, en introduisant de nouvelles infrastructures mais aussi en bouleversant les équilibres traditionnels. Après l’indépendance, Mostaganem a connu un afflux important de populations rurales, attirées par les opportunités économiques, ce qui a transformé l’organisation sociale et urbaine de la ville. L’arrivée des Français en 1833 a bouleversé Mostaganem. Si certaines tribus ont résisté farouchement à l’occupation (comme les Hachem et les Medjaher), d’autres ont été contraintes de s’adapter à un nouvel ordre imposé. L’expropriation des terres a contraint de nombreuses familles à quitter leurs modes de vie traditionnels pour devenir ouvriers ou artisans dans la ville coloniale.

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Les Hauts faits d'Armes de Mazagran (Partie III). Fin d'une expédition sanglante
Par Y.Benguettat

Cette partie de l’histoire sur cette expédition mérite d’être connue dans sa totalité et mettre en valeur le mérite de ceux qui ont eu le courage et la bravoure de mettre un terme final à ces envahisseurs arrogants sans borne en voulant mettre à genoux Mostaganem et Mazagran. Sans plus tarder, continuons notre récit des faits rapportés par E.Vernaz dans son livre: Le Vieux Mostaganem. Pages 9.10.11.12. Voici quelques extraits pour comprendre réellement ce qui s’est passé au cours de cette 3e expédition. Le gouverneur (le Comte d’Alcaudete) sortit d’Oran, le 23 Août 1558, traverse la Sebkha d’Arzew, à la tête de sept mille cinq cent (7500) hommes d’élites, et il amenait en outre, quelques pièces d’artillerie trainés à bras, etc... Voici ce qui est écrit : D’après le capitaine Morales, l’armée espagnole ne marcha pas directement sur Mostaganem. Elle se porta sur Tessalah et un autre point de l’intérieur du pays. Le Comte croyait y trouver des vivres et les contingents des tribunes amies, qui lui avaient promis de l’aider à conquérir le pays. C’était une nouvelle perte de temps, et ce qui a permis à Hassan-Pacha de réunir les combattants du royaume de Tlemcen. L’armée espagnole, restée inactive, se trouva bientôt dans une position critique. Non seulement elle ne recevait ni vivres, ni renforts, mais elle avait en plus consommé la petite provision ramenée d’Oran. Ce qui fait que le Comte arriva à Mostaganem avec une armée déjà épuisée et mourante de faim. Les officiers même étaient démoralisés. En Espagne on leur avait promis de belles choses : un pays admirable, des victoires faciles à remporter, des villes à saccager, un riche butin et de belles esclaves maures. Ils avaient trouvé un pays dévasté et isolé : ils avaient à exécuter des marches à cette époque de la plus forte chaleur, à travers des plaines et des montagnes sans ombre et sans eau ; à peine entré en campagne ils se voyaient privés de vivre. Le lendemain de leur arrivée à Mostaganem, Hassen-Pacha y apparut également avec huit milles hommes aguerris, les cavaliers et les fantassins qui lui avaient fourni les tribus. Le Comte cette fois, avait décidé de livrer bataille. Il envoya contre les turcs son fils Don Martin avec quatre mille hommes de son infanterie et avec toute la cavalerie. Mais Hassen-Pacha refusa le combat, il connaissait bien la situation dans le camp de ses ennemis, Il savait que les vivres y manqueraient et que le Comte ne saurait s’en procurer d’autres. Fey rapporte, d’après un auteur espagnol, que quatre galères étaient sorties d’Oran avec un approvisionnement de vivres et de munitions, que l’armée espagnole devant Mostaganem, attendait avec anxiété ces bâtiments, mais quelle eut la douleur et le désespoir de les voir passer, capturés par cinq galiotes turques qui venaient de croiser les côtes de Malaga. La situation devenant très compliquée, en présence de cette déplorable circonstance, le comte fit assembler un Conseil de Guerre. Le Capitaine Morales, dont nous suivons le récit, ne parle pas de cet évènement, mais il donne un tableau saisissant de l’indiscipline qui régnait alors dans le camp espagnol. «Les capitaines, dit-il, réunis en conseil lui représentèrent, qu’en présence du grand nombre des maures, mieux valait se retirer. Ils lui parlèrent peu révérencieusement et semblaient donner des ordres au lieu d’être subordonnés». Avec le matériel dont disposait le Comte, il était évidemment impossible d’entreprendre le siège de Mostaganem.                                                                                     

      A suivre...

 


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