Les Algériens pourront-ils désormais se passer du service précieux de la ressource hydrique dessalée? La réponse des experts est automatiquement «non». Pourquoi ? Depuis des années, le monde qui traverse un dérèglement climatique et atmosphérique sans précédent, fait face à un rétrécissement des capacités de pluviométrie et d’enfouissement de nappes d’eau souterraines suite aux conséquences négatives indubitables de la sécheresse. L’Algérie qui en a saisi les enjeux s’est vite lancée dans le défi d’opter pour le dessalement pour augmenter l’approvisionnement en eau potable d’une population algérienne sans cesse en croissance constante depuis presque dix ans et, par la même occasion, se prémunir contre le risque du stress hydrique qui menace le monde. L’option retenue a reposé sur la construction d’une vraie ceinture de stations de dessalement dans les villes littorales. Une option somme toute originale qui semble, à première vue et au vu des chiffres en termes d’exploitation des ressources d’eau non conventionnelles avoir donné leurs fruits. C’est une solution considérée à fort potentiel par les autorités supérieures algériennes. Des chiffres ont démontré que 40% de la population mondiale réside à moins de 100 km de la mer et 20% à moins de 25 km. En Algérie, entre 33 et 37% des citoyens résideraient dans les villes contre 57% en campagne mais il faut tout de même savoir que la population vivant à proximité de la mer est en augmentation à force d’exode à partir de la campagne. Ce qui, autrement dit, exige un besoin de répondre à la demande en eau potable saine et encourage la réalisation d’usines de dessalement.
De quoi en fait privilégier la piste du dessalement car elle représente une solution d’appoint aux villes côtières dont on dénombre au moins dix en Algérie. Cela diminue les distances des raccordements en eau potable dessalée des populations limitrophes à une station de dessalement mais c’est aussi parce que le prix de revient est moins cher. Force est de reconnaître, aujourd’hui, que les cinq stations de dessalement dotées d’une capacité globale de 1,5 million de mètres permettront d’atteindre un taux de contribution de 42 % des besoins des populations du pays au lieu de 17 à 20% en 2024. Ce n’était pas évident car il fallait investir et mettre le paquet pour arriver au stade de suffisance en eau potable, surtout avec la dernière inauguration de l’usine de dessalement de Cap Blanc à Ain kerma (Oran) dotée d’une capacité de 300.000 mètres cubes /jour. Une sacrée avancée en termes d’exploitation des ressources hydriques par le dessalement qui, pour ainsi dire, représentent le double de ce qui était jusque-là produit par les stations opérationnelles. Le ministre de l'Hydraulique, Taha Derbal, a dit les quatre vérités sur l’apport considérable et à long terme du dessalement. Il a indiqué lundi que l'exploitation complète des usines de dessalement de l'eau de mer permettra d'assurer 42% des besoins du pays en eau potable. L’approvisionnement des citoyens en eau potable demeure au cœur des préoccupations du gouvernement. S'exprimant sur les ondes de la Radio nationale, le ministre a précisé que l'entrée en service des cinq nouvelles stations, en sus de celle déjà opérationnelle, augmenterait le taux de dépendance sur cette ressource non conventionnelle de 20% actuellement à 42%. La réalisation des usines de dessalement s'inscrit dans le cadre des instructions du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, traduisant "une volonté politique prospective visant à faire face aux défis du stress hydrique résultant des changements climatiques, et à satisfaire les besoins croissants induits par le développement économique et agricole du pays". Cette initiative contribuera à assurer l'approvisionnement en eau potable des villes côtières et des zones urbaines situées jusqu'à 150 km du littoral, d'autant plus que cette ressource n'est pas affectée par les variations climatiques.
L'augmentation de la part de l'eau dessalée permettra d'orienter les ressources hydriques conventionnelles vers d'autres secteurs, à l'exemple de l'agriculture et du développement industriel, a-t-il ajouté rappelant que le taux de remplissage des barrages à l'échelle nationale est actuellement à 38,40%. Après la mise en service des stations de "Cap Blanc" à Oran et de "Fouka" à Tipasa, trois autres stations seront bientôt livrées à "Tighremt" (Béjaïa), "Cap Djinet" (Boumerdès) et "Koudiet Eddraouch" (El Tarf), avec une capacité de production de 300.000 m3/jour chacune, soit un total de 1,5 million m3/jour. Pour assurer la maintenance et la durabilité de ces installations stratégiques, des filières spécialisées ont été créées au niveau des universités des instituts, en coopération avec les différents opérateurs du secteur, selon le ministre. En ce qui concerne les stations de traitement des eaux usées, dont l’exploitation actuelle ne dépasse pas 10%, le ministre a précisé que des travaux sont en cours pour les doter de systèmes de traitement tertiaire, ce qui permettrait d'atteindre un taux de purification maximal et de renforcer leur utilisation dans l'irrigation agricole. Le ministère vise à augmenter le taux d'exploitation de ces structures à 30 % d'ici la fin de l'année en cours. A l'approche du mois de ramadan, le ministre a affirmé que son secteur a pris des mesures proactives pour répondre à la demande croissante en eau pendant ce mois, en ajustant les horaires de distribution et en pompant des quantités supplémentaires des barrages. Par ailleurs, le ministre a évoqué les "attitudes hostiles" du voisin de l'ouest, telles que les tentatives de drainage systématique du barrage "Djorf Torba" à Béchar, et son impact sur l'équilibre écologique, soulignant que les autorités publiques ont pris plusieurs mesures pour faire face à cette situation, dont la réalisation du projet de transfert de "Boussir 1" pour alimenter la wilaya de Béchar en eau, récemment mis en service avec une capacité de production de 30.000 m3/jour. Le projet de transfert de "Guatrani" (Béchar), qui assurera 80.000 m3/jour, devrait être lancé dans les semaines à venir, a-t-il dit, affirmant que ce projet est "structural et aussi important que les usines de dessalement". Enfin, le ministre a souligné que le barrage "Djorf Torba", victime d'un "assèchement systématique pendant plusieurs années", s'est rempli en septembre dernier en seulement 48 heures, recevant plus de 200 millions de m3 d'eau de pluie.