La justice française annule l’OQTF de l’influenceur Doualemn. Coup dur pour l'extrême droite

Du jamais vu un verdict de justice annule une décision d’expulsion d’un ministre de l’intérieur en France ! L’extrême droite est dans de beaux draps. Son spectacle a fini par se découvrir aux yeux des français qui sont amis de l’Algérie. Rebondissement pour le moins spectaculaire, en effet, dans l’une des affaires objet de polémique et de vive controverse entre Alger et Paris. Jeudi 6 février, la Justice française a finalement donné raison et droit à l’influenceur algérien Doualemn. Celui-ci a en effet vu l’obligation de quitter le territoire français (OQTF) dont il faisait l’objet annulée à son grand soulagement. Retenu au Centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot, près de Paris, il est désormais libre de toute poursuite. Il s’ensuit alors qu’un vrai coup dur est aujourd’hui assené à l’extrême droite en France qui a monté en toutes pièces la cabale médiatique contre cet influenceur. C’est une délivrance à tous les influenceurs algériens qui ont subi les dédales et les labyrinthes de l’administration préfectorale en France mais pourquoi la justice française octroie 1.200 euros et une autorisation de séjour à Doualemn? Pour les spécialistes, cet acquittement envers l’influenceur algérien sert à protéger l’image politique de la France et assoie plus de crédibilité à la mission principale de sa justice qui consiste à recouvrer les droits fondamentaux de ses concitoyens. Un verdict, faut-il le noter, qui, de l’avis de certains hommes politiques en France qui sont hostiles à l’extrême droite, à effet de participer remarquablement à raffermir et à apaiser les tensions entre les deux pays dans un contexte où la détérioration des relations politiques bilatérales n’avait pas atteint un paroxysme aussi délétère. L’audience s’est tenue jeudi au tribunal de Melun. Cette juridiction a décidé d’annuler les décisions prises par le préfet de l’Hérault dans le sud de la France, qui avait estimé que les propos de l’influenceur sur TikTok justifiaient le retrait de son titre de séjour et son expulsion. Donc pas d’expulsion pour cet influenceur algérien et il n’y en aura certainement pas d’autres. Ce revirement inédit dans l’épisode de délivrance de rétentions administratives et des expulsions aux Algériens de France vient à tout point de vue conforter une chose, c’est le concerné, le «deux poids deux mesures», de l’administration française quand il s’agit de séparation dans les droits les plus élémentaires pour les Algériens par rapport aux autres communautés et nationalités alors que les accords de l’immigration de 1968 sont clairs et nets sur ce sujet. Le tribunal a « enjoint à l’autorité préfectorale de réexaminer la situation de l’intéressé dans un délai de trois mois», mais aussi de «lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant le temps de ce réexamen». «Doualemn sort de rétention», se sont félicitées ses avocates, Marie David-Bellouard et Julie Gonidec. Selon elles, la procédure judiciaire envers leur client a constitué «un acharnement féroce et aveugle, aujourd’hui sanctionné». «Le ministère a joué son va-tout et a perdu. Nous dénonçons une rétention illégale depuis le 29 janvier et saluons une décision logique qui y met un terme», ont-elles écrit. Le 29 janvier dernier, c’est le tribunal administratif de Paris qui avait suspendu en référé la procédure d’expulsion contre Doualemn vers l’Algérie. Motif : la procédure d’urgence utilisée par le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, pour le faire expulser n’était pas justifiée, ce qui semble avoir pris à contre-courant ce même ministre de l’intérieur. Après la décision, l’entourage de Bruno Retailleau a annoncé que le ministère de l’Intérieur allait «faire appel et continuer la procédure d’expulsion» contre l’influenceur. Interrogé dans la soirée sur la chaîne d’information en continu LCI, le ministre a assuré ne pas «se désarmer» face à cette décision de justice. «Il y a des points sur lesquels on doit changer la loi, a-t-il avancé. Aujourd’hui, on a quantité de règles juridiques qui ne protègent pas la société française». «S’il faut modifier la loi une nouvelle fois pour que les choses soient extrêmement claires et que la République et l’État ne fassent pas preuve d’impuissance, mais expulsent du territoire national toute personne étrangère irrégulière, alors il faudra modifier la loi», a renchéri le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, à l’Assemblée nationale. Interpellé le 5 janvier, le ressortissant algérien était accusé par Paris d’avoir tenu sur TikTok des propos du ressort de l’appel au meurtre contre un opposant au régime algérien. Mais ses paroles en arabe avaient fait l’objet de traductions fluctuantes. Celle retenue par la justice relevait une incitation à «attraper» un homme et lui infliger une «correction sévère». Alors que la France avait expulsé Doualemn vers l’Algérie, il avait été renvoyé à Paris à sa descente de l’avion, par Alger, le 9 janvier. Ce que Bruno Retailleau avait qualifié de tentative d’«humiliation», renforçant ainsi la crise diplomatique entre les deux pays. D’autant que plusieurs autres influenceurs algériens avaient ensuite fait l’objet de procédures d’expulsion par la France.


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