Elimination des déchets nucléaires dans le sud du pays. La France doit assumer ses responsabilités

Plus de soixante ans après les essais nucléaires dans le Sahara, l’Algérie durcit le ton face à l’héritage radioactif français. Un dossier considéré hyper sensible compte tenu dans l’impact et les séquelles environnementales, corporelles et psychologiques «post indépendance» laissés par ces essais dans les régions radioactives et chez leurs populations. Alger exige dès à présent de Paris qu’elle assume non seulement les conséquences de ce drame mais aussi les responsabilités dans l’élimination des déchets des explosions nucléaires réalisées sur le sol algérien. La ministre de l'Environnement et de la Qualité de la vie, Nadjiba Djilali, a insisté sur cet aspect crucial de délimiter les responsabilités. La ministre a en effet affirmé, jeudi, que la revendication de l'Algérie exigeant de la France d'assumer sa responsabilité dans l'élimination des déchets des explosions nucléaires réalisées dans le sud du pays pendant la période coloniale sera inscrite de manière "claire et explicite" dans la législation environnementale nationale afin de garantir les droits des générations actuelles et futures à un environnement sain et durable. L’Algérie soucieuse de fournir à ses générations actuelles et futures un environnement équilibré et de qualité veut désormais des actions concrètes de la France. Pour atteindre cet objectif, le pays a adopté une nouvelle législation environnementale afin de prémunir l’environnement national des retombées écologiques médicales et économiques parlant des déchets nucléaires abandonnés par la France suite aux essais et explosions dont le nombre avoisine les 17 menés entre le 13 février 1960 et le 16 février 1966 aux sites de Reggane et d’In Ikker selon les statistiques officielles. Un contentieux visiblement lourd qu’entend remettre sur la table l’Algérie afin de défendre mieux les droits des générations futures des régions du Sahara algérien bombardées par les essais radioactifs français. Un dossier chaud et brûlant sur lequel l’Algérie est sur le pied de guerre afin de recouvrer ses droits autant que d’autres dossiers relatifs aux archives coloniales, les mines anti personnelles, les suites de restes et crânes en exposition dans les musés français de combattants et résistants expatriés au temps des guerres de la résistance des Boubaghla, Cheikh Haddad et Cheikh Bouamama entre autres. Ceci dit, après l'adoption par le Conseil de la nation du texte de loi relatif à la gestion, au contrôle et à l'élimination des déchets, lors d'une séance plénière présidée par le président du Conseil, Salah Goudjil, la ministre a précisé que cette nouvelle loi "revêt des dimensions qui dépassent les défis environnementaux actuels et porte des messages forts liés à la justice historique et environnementale", évoquant "les effets délétères des explosions nucléaires réalisées par le colonisateur dans le sud du pays". La ministre a souligné que l'auteur de cette catastrophe environnementale provoquée par les explosions nucléaires, qui constituent "une autre violation à l'encontre de notre pays et de notre peuple", doit "assumer pleinement ses responsabilités historiques, morales et juridiques dans l'élimination de ces déchets radioactifs et reconnaître l'énorme préjudice qu'il a causé à notre pays et aux populations d'Adrar, de Reggane, d'In Ekker et d'autres régions". Elle a insisté sur l'impératif d'"inclure ces revendications de manière claire et explicite dans la législation environnementale nationale afin de garantir les droits des générations actuelles et futures à un environnement sain et durable", appelant à poursuivre le travail sur ce dossier avec tous les moyens disponibles pour "arracher le droit de notre peuple et protéger notre environnement de ces effets délétères". Présentant le rapport complémentaire de la commission de l'équipement et du développement local du Conseil de la nation, le président de la commission, Mohamed Ben Taba, a affirmé que cette dernière appuie les orientations données, lundi dernier, par le président du Conseil de la nation lors de la présentation du texte de loi, concernant l'inclusion dans le rapport de "la position algérienne exigeant de la France d'assumer pleinement sa responsabilité dans l'élimination des déchets des explosions nucléaires réalisées par le colonisateur français dans le désert algérien pendant la période coloniale". Dans son rapport, la commission a salué l'appel de M. Goudjil à "associer le présent au passé dans le cadre de la consécration de la Mémoire collective pour une Algérie victorieuse sous la direction du président de la République", invitant tout un chacun à adhérer à cette démarche.


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