Enfants atteints du cancer en Algérie. Comment améliorer la prise en charge

Ce n’est pas évident d’être un enfant cancéreux. Le traumatisme que peut causer la maladie à un enfant atteint est souvent terrible. Cela sans parler de la prise en charge des soins et de l’achat ou l’acquisition des médicaments de traitement de cancer. Cette question devient pertinente et indélicate lorsque les parents de l’enfant malade du cancer sont sans travail ou non assurés «socialement» parlant. Que faut-il faire dans ce cas précis ? En effet, la question était posée beaucoup plus par les professionnels de la santé publique que par les parents de malades eux-mêmes. Pour ce qui est de la réponse à cette sempiternelle question, on la retrouvera dans la décision prise par le ministère du Travail. Un nouveau cadre organisationnel est en vue à l’effet de surseoir à certains «dysfonctionnements» apparus dans la prise en charge des enfants cancéreux. Quelle sera la prise en charge financière des enfants atteints du cancer en Algérie ? Qui paiera désormais les factures salées des traitements et des soins reçus par ces malades vulnérables ? Le ministre de Travail décide d’allouer ce «fardeau» à la Caisse du régime de la sécurité et des assurances sociales. C’est à elle en effet que sera attribuée la tâche de couvrir leur prise en charge. L’état se chargera du reste à savoir la prise en charge des compensation des reliquats de paiement. Une première en Algérie. Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Fayçal Ben Taleb, a annoncé que son Département travaille actuellement sur un nouveau cadre organisationnel visant à améliorer la prise en charge des enfants atteints de cancer. Lors d’une intervention au Conseil de la Nation le jeudi 19 décembre, il a précisé que ce projet permettra d’établir des contrats entre la Caisse nationale des assurances sociales des travailleurs salariés (CNAS) et des cliniques privées, afin de garantir un accès efficace aux traitements de radiothérapie pour ces jeunes patients. Il s’agit là, sans nul doute, d’une mesure inédite qui est de nature à permettre aux enfants malades de cancer de pallier au frais et coûts de leur prise en charge notamment dans les cliniques privées. Le secteur privé de la santé constituait jusque-là une charge financière importante mais aussi une rude épreuve morale aussi bien pour ces malades que pour leurs parents et familles. C’est pourquoi, il a été décidé d’impliquer la Caisse nationale des assurances sociales des travailleurs afin de minimiser la souffrance de la couverture financière et des coûts exorbitants de prise en charge des enfants atteints de cancer. Le ministre a également souligné que les médicaments utilisés dans le traitement du cancer sont pris en charge à 100 % dans le cadre du régime de sécurité sociale. Pour simplifier les démarches, les patients bénéficient d’une carte Chifa individuelle, leur permettant d’accéder facilement aux prestations nécessaires. De plus, les salariés atteints de cancer bénéficient d’un congé maladie couvert à 100 %, ce qui reflète l’engagement des autorités à alléger les charges pesant sur ces patients et leurs familles. L’autre point focal évoqué par le ministre de Travail a trait à l’élargissement de la couverture sociale aux citoyens non affiliés à la sécurité sociale. Ces derniers peuvent désormais obtenir une carte Chifa leur donnant accès à un éventail de 1 700 médicaments nécessaires au traitement des cancers. Une mesure qui vise à réduire les inégalités dans l’accès aux soins. Fayçal Ben Taleb rappellera dans ce sens que les traitements de chimiothérapie et de radiothérapie sont totalement gratuits dans les établissements de santé publics, et ce, non seulement pour les affiliés à la sécurité sociale et leurs ayants droit, mais également pour les citoyens non assurés. Pourquoi pas dans les cliniques privées ? Le financement de ces soins est assuré en partie par le secteur de la sécurité sociale, ce qui témoigne d’une volonté d’assurer une prise en charge universelle et équitable des patients atteints de cancer. Concernant les investissements financiers, le ministre a révélé que le budget alloué par la sécurité sociale pour le traitement des cancers a atteint 132 milliards de dinars algériens en 2024. Ce montant sera porté à 150 milliards de dinars en 2025, afin de renforcer les services de santé et d’assurer un meilleur suivi des malades. Un projet pionnier a vu le jour avec le lancement des travaux de l’hôpital public El-Ihssane, dédié à la prise en charge des enfants cancéreux. Le Dr Mustapha Moussaoui, président de l’Association Al-Badr, a rappelé que la construction de cet établissement faisait partie des priorités de l’association depuis 2015. Le projet, qui sera implanté sur un terrain de 3 200 m² offert par le wali de Blida, s’inscrit dans le cadre du Plan Cancer 2015-2019. Ce plan vise à améliorer les capacités de prise en charge du cancer, avec une attention particulière à l’oncologie pédiatrique. Le Dr Yacine Terkmane, président du conseil régional de l’Ordre des médecins de Blida, a souligné la souffrance des familles des enfants atteints de cancer, soulignant l’absence d’un établissement spécialisé dans la région. Il a précisé que le cancer chez l’enfant diffère de celui de l’adulte, et que le taux de guérison chez les enfants peut atteindre 80%. «La nécessité d’un hôpital spécialisé est donc cruciale pour améliorer les chances de guérison et la qualité des soins», a ajouté le Dr Terkmane. L’hôpital El-Ihssane comprendra plusieurs services médicaux qui auront un impact direct sur la qualité des soins et les taux de guérison, contribuant ainsi à améliorer la prise en charge des jeunes malades. Cet établissement vise également à rattraper progressivement les standards des pays développés dans la prise en charge pédiatrique. Pour soutenir les familles des enfants malades, l’hôpital prévoit la mise à disposition d’appartements à proximité de l’établissement, permettant ainsi aux parents de rester près de leurs enfants durant les traitements. Des salles d’études seront également aménagées pour que les enfants puissent poursuivre leur scolarité pendant leur traitement. De plus, des espaces de jeux seront créés pour favoriser le bien-être des jeunes patients. Rappelons que lors du 22e Congrès de l’Association médicale arabe contre le cancer et du 15e Congrès d’oncologie, organisés en Algérie en 2023, le chef de l’État, Abdelmadjid Tebboune, avait annoncé un financement de 30 milliards de dinars à partir de 2024 pour le Fonds national de lutte contre le cancer.


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