A Oran, comme partout ailleurs, il fut un temps où la vie en société se mesurait à ces petits gestes simples qui donnaient à la ville toute sa chaleur. Un salut entre voisins dans les quartiers populaires, une discussion improvisée devant une boutique, une main tendue sans hésitation… Autant d’attitudes qui faisaient d’Oran bien plus qu’une simple ville: un véritable lieu de vie. Aujourd’hui, cette image semble peu à peu s’estomper. Dans plusieurs quartiers, le quotidien est marqué par une forme de distance entre les habitants. On se croise sans se regarder, on partage les mêmes espaces sans réellement se connaître. La solidarité spontanée, autrefois naturelle, devient de plus en plus rare. Dans des secteurs comme Eckmühl, El Hamri, Protin ou encore certains quartiers périphériques, les anciens évoquent avec nostalgie une époque où les portes restaient ouvertes, où chacun veillait sur le voisinage comme sur sa propre famille. Aujourd’hui, les réalités ont changé : pression sociale, difficultés économiques, rythme de vie accéléré… autant de facteurs qui ont contribué à transformer les comportements. Même dans les espaces publics, ce changement est perceptible. Les lieux censés rassembler deviennent parfois des zones de passage où l’indifférence domine. Le respect, la politesse et le sens du collectif semblent reculer face à une individualisation croissante. Mais Oran n’a pas totalement perdu son âme. Elle garde en elle cette capacité à se relever, à renouer avec ses valeurs profondes. Car derrière cette apparente froideur, subsiste encore une mémoire collective forte, celle d’une ville solidaire, vivante et humaine. Il appartient aujourd’hui à chacun, citoyens comme responsables, de raviver cet esprit. Car Oran ne se résume pas à ses infrastructures ou à ses projets urbains. Elle est avant tout faite de ses habitants, de leurs comportements et de leur capacité à recréer ce lien social qui, autrefois, faisait toute sa richesse. Et si le renouveau d’Oran commençait simplement par un regard, un salut… un retour à ces gestes qui, jadis, faisaient battre le cœur de la ville? Aujourd’hui, le constat est encore plus alarmant. Le lien social s’effrite jusque dans le noyau familial. Avec l’omniprésence de la technologie, les moments de partage se font rares. Chacun s’isole dans son coin, absorbé par son téléphone portable, au point où les échanges, les discussions et même les simples regards deviennent presque inexistants. La famille, autrefois espace de chaleur et de communication, se transforme peu à peu en une juxtaposition d’individus connectés… mais profondément déconnectés les uns des autres. Plus inquiétant encore, certaines valeurs profondément ancrées dans notre société s’estompent. Même les condoléances, autrefois marquées par la présence, le soutien et la solidarité, se font désormais par téléphone ou à travers un simple message. Les visites se raréfient, les déplacements ne se font plus, comme si le virtuel avait fini par remplacer l’humain jusque dans les moments les plus sensibles et les plus sacrés.
Société. Quand le virtuel remplace l'humain, même dans le deuil
- par Youcef. Chaibi
- Le 10 Avril 2026
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