Béjaïa accueille la 24e édition de la Fête de l’olive, un rendez-vous désormais incontournable qui met à l’honneur un produit emblématique du terroir local. Entre expositions, dégustations et échanges entre professionnels, l’événement se tient dans un contexte marqué par une récolte exceptionnelle, mais aussi par des défis persistants liés à la modernisation et à l’organisation de la filière oléicole. La maison de la culture de Béjaïa abrite, depuis hier, la Fête de l’olive, qui se tient jusqu’au 9 avril prochain. Pour sa 24e édition, la manifestation attire déjà un public nombreux, passionné par les produits du terroir et les traditions locales. Outre l’exposition d’olives et d’huiles d’olive, des ateliers de dégustation ainsi que des démonstrations artisanales figurent également au programme. Ville au riche patrimoine agricole, Béjaïa célèbre à travers cet événement l’olivier, symbole de paix et de savoir-faire ancestral. Cette fête oléicole traditionnelle constitue une occasion de mettre en lumière «l’importance économique et culturelle de l’olive en Algérie, tout en valorisant cette filière qui apporte une plus-value à l’économie locale et nationale», soulignent les organisateurs. Ces derniers y voient également «une opportunité idéale pour découvrir ou redécouvrir les richesses du terroir kabyle, dans une ambiance conviviale et authentique». Cette édition verra, comme à son accoutumée, la participation d’exploitants agricoles, de producteurs d’huile d’olive, ainsi que d’experts techniques et de chercheurs. Elle constitue une occasion privilégiée d’échanger autour des méthodes, à la fois modernes et traditionnelles, de production, mais aussi des enjeux liés à la commercialisation de ce produit dont Béjaïa demeure l’un des pôles majeurs en Algérie. Dans ce contexte, la campagne oléicole, qui tire à sa fin, s’annonce parmi les meilleures en termes de rendement. Les services agricoles tablent sur «une production de 25 millions de litres d’huile d’olive», soit presque le double de celle de la saison précédente, marquée par la sécheresse et les incendies, où seulement 13 millions de litres avaient été enregistrés. La Direction des services agricoles de la wilaya a, par ailleurs, engagé un programme de régénération visant à reconstituer plus de 700 hectares d’oliveraies affectés par les incendies. Un appui a également été accordé aux agriculteurs à travers la distribution de 100.000 plants d’oliviers, actuellement en cours de plantation. Le verger oléicole de Béjaïa, implanté majoritairement en zone montagneuse, s’étend sur près de 57.000 hectares et compte plus de 5 millions d’arbres, dont une grande partie est vieillissante. Environ 75 % des plantations sont issues de greffages d’oléastres, et leur rendement tend à diminuer en raison d’un entretien insuffisant. La filière de transformation reste dominée par les huileries traditionnelles, représentant une part importante du parc. Leurs équipements, souvent vétustes, influent à la fois sur les quantités triturées et sur la qualité de l’huile produite. Celle-ci dépend de plusieurs facteurs, notamment la variété des olives, le climat, les pratiques agricoles, les méthodes de récolte et les conditions de stockage. Le gaulage, encore largement pratiqué, engendre des pertes importantes et altère la qualité organoleptique de l’huile, tandis que des conditions de stockage parfois inadaptées contribuent également à sa dégradation. Sur le plan commercial, le litre d’huile d’olive se vend, en ce début de campagne, entre 800 et 1.000 dinars. À l’occasion de cette 24e édition de la Fête de l’olive, l’Association pour le Développement de l’Oléiculteurs et des Industries Oléicoles de Béjaïa (ADOIO), qui organise cette manifestation; a lancé une opération promotionnelle spéciale, le litre d’huile d’olive est proposé au prix de 700 dinars durant toute la durée de la manifestation. Cette initiative vise à encourager les visiteurs à découvrir et à soutenir les produits locaux, tout en mettant en valeur la qualité de l’huile produite dans la wilaya. La commercialisation repose encore largement sur des circuits informels, en l’absence d’un marché structuré et de mécanismes organisés de distribution. Les excédents, lorsqu’ils existent, sont soit écoulés hors wilaya, soit stockés, contribuant ainsi à maintenir des prix élevés malgré l’augmentation de la production. Les professionnels de la filière dénoncent, en outre, la circulation d’huiles de qualité douteuse qui portent atteinte à la réputation du produit local. Ils appellent à une mise à niveau globale reposant sur « l’organisation du marché, la lutte contre l’informel, la création de laboratoires d’analyse, le développement du tissu associatif et la mise en place de crédits adaptés pour soutenir la production et la récolte». Selon eux, «seule une coordination accrue entre les différents acteurs permettra de professionnaliser la filière, d’améliorer la qualité et de positionner l’huile de Béjaïa sur les marchés internationaux ». Avec près de 57.000 hectares d’oliveraies, plus de 5 millions d’arbres et un réseau de transformation dense, Béjaïa confirme son statut de pôle majeur de l’oléiculture en Algérie, appelée désormais à conjuguer préservation des savoir-faire et exigences de modernisation pour s’imposer durablement sur les marchés.
24ème édition de la Fête de l’olive à Béjaïa. Entre héritage ancestral et défis de modernisation
- par Hocine Smaali
- Le 07 Avril 2026
- 56 visites



