Dans le sillage des figures tutélaires de l'Algérie, une voix s'élève pour tisser un lien indéfectible entre la rigueur de la recherche scientifique et la profondeur de la mémoire nationale. Lachlak Nassera chercheuse, inventrice et désormais "écrivaine scientifique", a présenté ses deux derniers ouvrages lors d'une rencontre empreinte d'une solennité rare au cinéma Amarnas de Sidi Bel-Abbès. Entre l'urgence d'une réforme éthique à l'université et la résurrection d'une demeure oubliée à Boussaâda, l'auteure nous convie à une réflexion sur ce qui fonde l'identité : la transmission.
Le parcours de Lachlak Nassera est celui d'une ténacité exemplaire. Détentrice de six brevets, notamment dans le domaine du diagnostic médical et du dépistage précoce du cancer, elle incarne cette science utile, tournée vers les besoins concrets de son pays. Mais au-delà de l'innovation technique, c'est l'intégrité du chercheur qui occupe le cœur de son propos.
L'auteure lance un appel vibrant à la refonte des modules universitaires. Pour elle, la lutte contre le plagiat et la promotion de la responsabilité intellectuelle ne sont pas des options, mais des fondations nécessaires pour les générations futures. "Si on ne montre pas le chemin à nos enfants, ils prendront celui de la dérive," prévient-elle, refusant la critique stérile pour privilégier la construction de cadres déontologiques solides. Le second volet de son intervention, consacré à son ouvrage « Le Fil invisible », nous transporte dans l'intimité de la lignée de l'Émir Abdelkader. En franchissant le seuil d'une demeure fermée depuis 126 ans à Hay Chorfa (Boussaâda), l'écrivaine dit avoir ressenti une communication quasi spirituelle avec ceux qui ne sont plus.
L'auteure met en lumière une trame commune aux trois figures emblématiques à savoir L'Émir Abdelkader, chef militaire et penseur spirituel, dont la plume a survécu au glaive, l'Émir El Hachemi , Le fils et figure de la retraite spirituelle et de la transmission du Fiqh, revenu s'ancrer dans sa terre natale malgré l'exil et l'Émir Khaled, Le petit-fils, figure de proue du nationalisme moderne. L'indignation de la chercheuse est palpable lorsqu'elle évoque l'état de délabrement de la maison de l'Émir El Hachemi.
Entre un mausolée préservé mais clos et une demeure historique livrée aux outrages du temps, le contraste est saisissant. Pour Madame Lachlak Nassera, cette maison est "vivante" ; elle parle à ceux qui savent l'écouter. L'inscription de ce site au patrimoine national n'est pas seulement une question de conservation de vieilles pierres, c'est un acte de souveraineté mémorielle. Elle rappelle, avec une émotion contenue, le geste de sa grand-mère qui, faute de pouvoir arborer le drapeau national sous l'occupation, avait orné la tombe de son époux martyr des couleurs verte, rouge et blanche.
L'œuvre de Mme Lachlak se veut une tentative de reconstituer le "puzzle" de l'histoire algérienne, là où des pans entiers semblent avoir été occultés par les aléas de l'exil et de la colonisation.
En reliant Alger, Boussaâda et Damas, elle trace une géographie de l'âme algérienne, faite de sagesse, de science et de sacrifice. Le livre, déjà salué par les plus hautes autorités de l'État, se veut un levier de changement. Car, comme le souligne l'auteure en citant l'Émir : « Seule la plume prend le dessus ». Il appartient désormais aux institutions et à la société civile de se saisir de ce fil pour que la mémoire, enfin, ne dorme plus.
L’Éthique en Partage et le Fil de l’Invisible. Le Plaidoyer du Dr Lachlak Nassera pour une Mémoire Vivante
- par Mohamed Nouar
- Le 01 Avril 2026
- 61 visites



