Quartiers oubliés d'Oran. Entre apparence et réalité

A chaque visite officielle, les mêmes scènes se répètent: routes nettoyées à la hâte, trottoirs repeints, éclairage réparé. Mais une fois le cortège passé, la réalité reprend ses droits. Dans de nombreuses communes de la wilaya, des quartiers entiers continuent de vivre dans l’abandon, loin des itinéraires soigneusement préparés pour les responsables. Dans la wilaya, le contraste est de plus en plus frappant entre les axes dits “officiels” et les quartiers relégués au second plan. Là où passent les cortèges, tout semble soudain fonctionner: chaussées praticables, espaces verts entretenus, éclairage opérationnel. Une image lisse, presque irréprochable. Mais il suffit de s’en éloigner de quelques rues pour découvrir une tout autre réalité. À Es-Sénia, certains quartiers périphériques souffrent d’un manque flagrant d’entretien. Routes défoncées, trottoirs inexistants, déchets accumulés… les habitants dénoncent une marginalisation qui dure depuis des années. Même constat à Oran Bir El Djir où des cités entières semblent livrées à elles-mêmes, loin des grands boulevards régulièrement entretenus. À Arzew et Béthioua, pourtant des zones stratégiques, la situation n’est guère meilleure dans plusieurs quartiers. Si les abords des sites industriels ou des axes principaux bénéficient d’une attention particulière, les zones résidentielles restent en retrait, comme oubliées des priorités locales. Ce phénomène n’est pas nouveau. Il s’inscrit dans une logique bien connue des citoyens: celle du “paraître” au détriment du “vivre”. On embellit ce qui se voit, on néglige ce qui est vécu au quotidien. Les opérations de nettoyage et de réhabilitation semblent souvent dictées par les agendas officiels plutôt que par les besoins réels de la population. Plus grave encore, cette gestion à deux vitesses des élus locaux alimente un sentiment d’injustice profond chez les habitants. Pourquoi certains quartiers auraient-ils droit à des conditions de vie décentes uniquement lors du passage d’un responsable? Pourquoi faut-il attendre une visite officielle pour voir apparaître des équipes d’entretien là où, en temps normal, règne l’abandon? Les espaces censés offrir repos et convivialité ne sont pas épargnés. Dans plusieurs cités, des placettes et jardins publics sont transformés en dépotoirs à ciel ouvert, faute de suivi et de maintenance. Bancs cassés, poubelles débordantes, végétation à l’abandon… autant de signes visibles d’une gestion défaillante. Autre constat alarmant: l’absence de continuité dans les actions entreprises. Une route refaite à la hâte, un trottoir brièvement aménagé, un espace nettoyé pour la circonstance… puis plus rien. Le manque de suivi réduit ces interventions à de simples opérations de façade. Face à cette situation, les citoyens ne demandent pourtant pas l’impossible. Ils réclament simplement une équité dans la prise en charge, une présence régulière des services concernés et surtout une vision durable du développement urbain. Car une wilaya ne se résume pas à ses artères principales, mais à l’ensemble de ses quartiers, sans exception. Tant que la gestion se limitera aux itinéraires officiels, la fracture entre les quartiers ne fera que s’accentuer. Une wilaya ne se gouverne pas à coups de visites protocolaires, mais par un travail de fond, constant et équitable. Il est temps de regarder au-delà des façades… et de redonner à chaque quartier la place qu’il mérite.


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