Autrefois incontournable dans les rues d’Oran, le cordonnier disparaît peu à peu du paysage urbain. Victime d’une société tournée vers le jetable, ce métier artisanal, symbole d’un savoir-faire et d’un lien social, s’éteint dans une indifférence presque totale". Il fut un temps où, dans chaque quartier d’Oran, le cordonnier occupait une place centrale. Installé à même le trottoir ou dans un petit atelier sombre mais vivant, il réparait, cousait, redonnait vie à des chaussures usées par le temps. À El Hamri, à Mdina Jdida, Les Planteurs ou encore au cœur du centre-ville, ces artisans faisaient partie du décor quotidien, au même titre que l’épicier ou le boulanger. Aujourd’hui, ce métier a presque disparu. Les rares cordonniers encore en activité travaillent dans l’ombre, souvent ignorés par une population qui ne prend plus le temps de réparer. La logique a changé : on ne restaure plus, on remplace. Cette disparition n’est pas le fruit du hasard. Elle s’inscrit dans une transformation profonde des habitudes de consommation. L’arrivée massive de chaussures bon marché a bouleversé les comportements. Pourquoi réparer une paire usée quand il est plus simple et parfois moins coûteux d’en acheter une nouvelle? Cette culture du jetable a progressivement vidé les ateliers de leurs clients. À cela s’ajoute une réalité plus dure: le métier n’attire plus. Longtemps transmis de père en fils, le savoir-faire du cordonnier ne trouve plus de repreneurs. Les jeunes générations se détournent de ces métiers jugés pénibles, peu valorisés et surtout peu rentables. Les anciens partent à la retraite sans laisser derrière eux une relève capable de perpétuer cette tradition. Dans les rues d’Oran, il n’est pas rare de croiser encore quelques “rafistoleurs”, installés discrètement avec leurs outils rudimentaires. Mais leur présence devient de plus en plus rare. Ils résistent tant bien que mal, témoins silencieux d’un temps révolu où l’on prenait soin des objets, où chaque chaussure avait une histoire. Car au-delà de l’aspect économique, c’est tout un pan du patrimoine immatériel qui disparaît. Le cordonnier n’était pas seulement un artisan : il était un repère, un confident parfois, un visage familier du quartier. Sa disparition marque aussi celle d’un lien social, d’une proximité humaine qui tend à s’effacer dans les villes modernes. Oran, comme tant d’autres villes, voit ainsi s’éteindre l’un de ses métiers les plus emblématiques. Dans le vacarme de la modernité, le bruit du marteau sur le cuir s’est peu à peu dissipé, laissant place au silence. À El Bahia, le cordonnier n’est plus qu’un souvenir. Et avec lui disparaît une certaine idée de la ville, faite de patience, de savoir-faire et de respect des choses simples. Dans l’indifférence générale, un métier s’éteint… et c’est toute une mémoire qui s’efface.
D'El Hamri à Mdina Jdida. Oran perd ses cordonniers...et une part de son âme
- par Youcef. Chaibi
- Le 30 Mars 2026
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