Le Carrefour de Mostaganem

Restauration rapide. Un enjeu majeur de santé publique

Par Y. Zahachi

La ville de Mostaganem, perle de la côte ouest algérienne, connaît depuis quelques années une transformation urbaine et sociale profonde. Au cœur de cette mutation, le paysage gastronomique du centre-ville se métamorphose, marqué par une prolifération sans précédent d'établissements de restauration rapide. Si cette dynamique témoigne d'une certaine vitalité économique et d'une adaptation aux modes de vie modernes, elle suscite l'inquiétude croissante des professionnels de santé. Une nutritionniste locale décrit d'ailleurs un «tableau plutôt sombre», qualifiant ces nouveaux produits de véritables «bombes caloriques». Un phénomène urbain en pleine expansion fait que le centre-ville de Mostaganem, autrefois dominé par des commerces traditionnels et des gargotes proposant des plats locaux, voit désormais fleurir à chaque coin de rue des enseignes de fast-food. Ce phénomène n'est pas isolé mais s'inscrit dans une tendance nationale de transition nutritionnelle. Plusieurs facteurs expliquent cet engouement: facteur de croissance de l’urbanisation et du rythme de vie; la réduction du temps consacré à la préparation des repas à domicile favorise les solutions rapides. L’attractivité touristique fait que, en tant que ville côtière, Mostaganem attire des milliers de visiteurs, notamment en période estivale, dopant la demande pour une restauration immédiate. L'accessibilité financière entre en ligne de compte car les menus proposés (tacos, burgers, pizzas) sont souvent perçus comme plus abordables pour les jeunes et les familles à revenus modestes; sans omettre le fait que la consommation de fast-food est souvent associée, chez les plus jeunes, à un mode de vie moderne et globalisé. La «Bombe Calorique» renvoie à un danger invisible mais bien réel car l'alerte lancée par les nutritionnistes repose sur la composition nutritionnelle de ces repas. Le «French Tacos», devenu extrêmement populaire à Mostaganem, est l'exemple type de ce que les spécialistes appellent une "aberration nutritionnelle". Contrairement au tacos mexicain traditionnel, la version locale est composée d'une galette de blé garnie de viandes grasses, de frites (à l'intérieur même du sandwich) et d'une sauce fromagère industrielle riche en lipides. «Ce sont des bombes caloriques», assure une spécialiste de la nutrition. Un seul de ces sandwichs peut apporter entre 1.600 et 2.300 calories, soit la quasi-totalité des besoins énergétiques quotidiens d'un adulte, sans compter les boissons sucrées et les desserts qui les accompagnent souvent. Ceci dit, il y a forcément des implications pour la santé publique puisque cette modification des habitudes alimentaires a des conséquences directes et mesurables sur la santé de la population mostaganémoise. Mais pas que, car c’est presque toute l'Algérie qui fait face à une augmentation alarmante de maladies non transmissibles (MNT). L'obésité, autrefois marginale, touche désormais une part importante de la population y compris les enfants et les adolescents: 1- Obésité et Surpoids par la consommation régulière d'aliments à haute densité énergétique et pauvres en nutriments essentiels constituant le principal moteur de l'augmentation de l'indice de masse corporelle (IMC); 2-Diabète de type 2, résultant de l'apport massif de glucides raffinés et de graisses qui provoque une résistance à l'insuline, multipliant les cas de diabète précoce et en 3- Maladies Cardiovasculaires, dues à l'excès de sel (sodium) et de graisses saturées dans les produits de fast-food, favorisant l'hypertension artérielle et l'hypercholestérolémie. Il faut aller vers une nécessaire prise de conscience, face à ce constat et alors, il devient impératif de mettre en place des stratégies de prévention. Si la consommation occasionnelle d'un burger ou d’un taco ne constitue pas un danger immédiat, il faut savoir que c'est la répétition et la banalisation de ce mode alimentaire qui posent problème. La sensibilisation inévitable doit passer par l'éducation nutritionnelle dès le plus jeune âge, mais aussi par une régulation plus stricte de l'affichage nutritionnel dans les établissements de restauration rapide. Par ailleurs, il est utile de valoriser le patrimoine culinaire méditerranéen de la région, riche en légumes, huiles d'olive et poissons, qui apparaît comme une alternative durable pour préserver la santé des citoyens de Mostaganem. Aux spécialistes de la santé de se saisir de cette affaire

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C’est bon à savoir: «Ken ya Maken»

Par H. MED Krelifa

Le premier marché de gros des fruits et légumes dans les an-nées 40 était situé au lieu et place de l’ex-Maison du Colon. Actuellement, c’est le siège de la CRMA: il occupait tout le terrain jusqu’à la BDL et seuls deux ou trois grossistes avaient des magasins, le reste des produits était étalé à même le sol. Quelques années après, il fut transféré au lieu et place des services techniques de la commune, avenue Benyahia. Au lieu et place de la poste centrale et le palais consulaire se trouvait Bab Mascara, c'était un marché de bestiaux. A la place de l’ex-Prisunic, a été construit un centre de formation professionnelle; quelques années après, il a été transféré au niveau de l’école des Medjahers. Le terrain qu’occupent la société Algérie Télécom et l’ex-maison Simca, servait à l’organisation de quinzaines économiques. Dans les années 40, à Souika Tehtanyaon, se trouvaient deux saints patrons: Sidi Allel M’ Hamed et Sidi Benaïssa. En plus, on y trouvait quatre épiceries – quatre cafés maures – deux boulangeries – deux hammams - un coiffeur – quatre ateliers d’artisanat de: souffet, babouche, ustensiles en alfa, plomberie, sfindji (beignet)… C’est vous dire que ce micro quartier emblématique regorgeait d’une animation socioculturelle, cultuelle et économique extraordinaire.

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Mostaganem, une Méditerranée miniature Par H.Med Soltane

Ce texte est conçu comme une fresque historique et spirituelle, un voyage à travers les âges, pour rappeler que Mostaganem est le produit d'une alchimie unique, une "Méditerranée miniature" qui ne peut être réduite à la banalité du présent. La Vigie du Dahra: Manifeste de la Noblesse Mostaganémoise. Le Destin d’une Capitale de l’Esprit, Mostaganem, n’est pas né d’hier. Elle est un palimpseste où chaque civilisation a laissé une ligne de gloire. Elle est la synthèse parfaite de l'ancrage Amazigh, de la spiritualité Arabe, du raffinement Andalou, de la puissance Mérénide et des échos de la Méditerranée. Ce plaidoyer est une sommation à la mémoire : on ne change pas la valeur d'un diamant parce qu'il est recouvert de poussière. Une Généalogie de Prestige: Les Pierres et les Hommes. L'identité de Mostaganem est un tissage serré où l'histoire universelle s'est invitée à chaque carrefour:
L'Héritage Amazigh et Mérénide: C'est la force de la terre et du sang. Sous les Mérénides, la ville se fortifie et s'affirme comme une sentinelle. C'est l'époque où l'architecture commence à parler la langue de la permanence.
Monuments emblématiques: On y trouve des sites classés comme le Bordj Et Tork, la Grande Mosquée, Dar El Kadi et le Palais du Bey (Musée des Arts Populaires).
L’Andalousie de l’Âme: Après la chute de Grenade, Mostaganem devient un refuge pour l’élégance. Les familles andalouses y apportent l'art des jardins, la science de l'irrigation et cette "haute culture domestique" qui refuse la médiocrité. Les Siècles de Conflits et d'Échanges : Espagnols et Français ont traversé notre histoire. De l'occupation à la résistance, la ville a su garder son noyau dur. Elle a pris au monde ce qui était utile, sans jamais vendre son âme, restant cette ville "ouvertures au monde" mais jalouse de ses secrets.
Le Panthéon des Ombres Lumineuses: La noblesse de Mostaganem s'incarne dans ses enfants, ceux qui ont transformé la science en lumière et l'art en résistance: Les Érudits et Marabouts: Comment parler de la cité, sans invoquer les figures monumentales des Marabouts Sidi Said , Sidi Abdellah, Sidi Hamou cheikh, Cheikh Al-Alawi dont le rayonnement soufi a touché les cinq continents depuis sa zaouïa? Il est le symbole de cette Mostaganem intellectuelle qui discute avec l'Occident, tout en récitant le Coran.
Les Maîtres du Verbe et des Planches: La ville est le berceau du théâtre algérien. Ould Abderrahmane Kaki et Mustapha Chougrani et d'autres fils n'ont pas seulement fait du théâtre; ils ont mis en scène la citadinité, transformant le cri populaire en œuvre d'art. Les Poètes et Musiciens Cheikh Ali Benkoula, Cheikh Bouadjadj: Du Melhoun aux maîtres du Chaâbi et de l'Andalou, la voix de Mostaganem est une mélodie savante. C’est le raffinement de la parole qui distingue le citadin (le Beldi) de l'homme de passage.
L’Architecture : La Pierre comme Témoignage
L'architecture de Mostaganem est le récit de cette noblesse. De la Kasbah aux quartiers coloniaux, chaque façade est une déclaration d'appartenance.
La Zaouïa: Elle est le centre de gravité. Son architecture n'est pas faite pour l'œil, mais pour la méditation. Elle impose le silence et le respect.
La Demeure Citadine: Avec ses patios et ses stucs, elle est le rempart du "Horm" (l'honneur). Prétendre changer la valeur de la ville par des constructions anarchiques, c'est comme vouloir réécrire un poème sacré avec des mots vulgaires.

 

 


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