Une commune à 33 élus, mérite mieux
Par Y. Zahachi
Alors que le pays s’apprête à célébrer, ce 18 janvier, la «Journée nationale de la Commune», l’APC de Mostaganem offre l’image d’une institution à la peine. Entre une démocratie participative qui reste un slogan de campagne et des réformes du code communal qui se font attendre, les 33 élus du chef-lieu de la wilaya font face au désaveu croissant d’une population jeune et exigeante. Le 18 janvier n'est pas qu'une date sur le calendrier administratif, c'est le rappel de la naissance de la commune algérienne en 1967. Pourtant, à Mostaganem, le cœur n’est pas à la fête. Dans les cafés du centre-ville comme sur les réseaux sociaux, véritables baromètres de la colère citoyenne, le constat est amer : l’APC «bat de l’aile» avec un exécutif pléthorique, une efficacité déclinante. Avec une assemblée de 33 élus, dont 14 délégués de quartier, l’APC de Mostaganem dispose pourtant d’un maillage humain exceptionnel. Sur le papier, cette structuration par secteur devrait garantir une gestion de proximité chirurgicale. Dans la réalité, les signalements sur les pages Facebook locales dépeignent un tout autre décor : éclairage public défaillant, ramassage des ordures aléatoire dans certains quartiers périphériques et un sentiment d'abandon qui gagne les cités. La question que posent les administrés est simple : comment une armée de 14 délégués peine-t-elle à assurer l'entretien de base d'une ville qui se veut une destination touristique et économique phare ? La réponse semble résider dans une inertie bureaucratique et un manque de coordination, laissant souvent le wali en première ligne pour gérer des dossiers qui relèvent pourtant des prérogatives directes des élus. L’Etat a multiplié les appels pour une gouvernance inclusive. Or, à Mostaganem, la démocratie participative ressemble à une coquille vide. Les conseils consultatifs de quartiers sont rares, et l'implication du mouvement associatif dans les choix budgétaires est quasi inexistante. Cette déconnexion est d’autant plus frappante que la population de Mostaganem est majoritairement jeune. Cette jeunesse, connectée et informée, ne se contente plus de promesses, elle exige un cadre de vie «tendance», des espaces culturels vivants et une gestion urbaine qui reflète l'image d'une ville moderne. Le blocage n'est pas seulement local. L’absence de la mise en œuvre de la réforme du Code Communal et de la Wilaya pèse lourd. Sans une redéfinition claire des prérogatives et surtout, sans une plus grande autonomie financière, les élus se retrouvent souvent réduits à des «agents d’état civil» améliorés. À l’approche d’échéances électorales cruciales, le risque d'une abstention record plane, portée par le sentiment que «voter ne change rien au quotidien». Pour sortir de l'ornière, une approche pragmatique s'impose. Voici des pistes logiques pour réconcilier l'APC avec ses citoyens à travers une «New Deal» communal qui transcende les slogans creux des campagnes politiques qui précèdent les échéances électorales. Une Digitalisation de la gestion de proximité : Créer une application mobile «Mosta-Urgences» permettant aux citoyens de signaler en temps réel (photo et GPS à l'appui) toute anomalie urbaine. Les délégués auraient l'obligation de répondre et d'intervenir sous 48h, avec un suivi public et des performances ; un Budget Participatif Jeunesse : Allouer 5 à 10 % du budget d'équipement de la commune à des projets directement votés par les jeunes (skate-parks, hubs technologiques, aménagement de plages connectées). Cela transformerait la critique en action constructive ; une Réactivation des Comités de Quartiers: Institutionnaliser des rencontres mensuelles obligatoires entre les chefs de secteurs et les représentants associatifs pour valider les priorités de chaque zone, rendant les 15 élus de secteurs enfin redevables devant leurs pairs et enfin, une transparence radicale: Publier trimestriellement sur les réseaux sociaux l'état d'avancement des projets de la commune, les dépenses engagées et les obstacles rencontrés. La confiance se gagne par la vérité, pas par le silence. Mostaganem n’a plus le luxe de l’attente. Entre une démographie galopante et des défis environnementaux pressants, l'APC doit muer ou accepter de devenir une simple relique administrative. La journée du 18 janvier devrait être celle d'un nouveau contrat social, plutôt qu'une simple cérémonie protocolaire de plus.
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La «karantika», un trésor nutritionnel méconnu
Par H. Med Krelifa
La noblesse que vous sublimez à tous points de vue ne vivait pas à Tidgditt, dans ses micros-quartiers ou à El Arsa. Elle se situait essentiellement au niveau des quartiers européens. Il serait inopportun donc injuste de dévaloriser la "Karantika" en l'éloignant de son ancrage populaire. Si cet aliment, la "Calentica" de son vrai nom d’origine hispanique, n’était pas cuisiné dans nos foyers autrefois, ce n’était pas par manque de goût, mais par nécessité matérielle : nous ne disposions tout simplement pas de four.
C’est ainsi qu’elle est devenue ce plat emblématique vendu à l’extérieur. Il est aujourd'hui démontré que la "Karantika", bien que qualifiée d'«aliment du pauvre», présente des qualités nutritionnelles exceptionnelles. Riche en oligo-éléments, elle protège efficacement le système cardio-vasculaire. Elle constituait, avec la sardine (consommée plus de quatre fois par semaine sous diverses formes), le socle d'un régime alimentaire sain et équilibré pour les bourses modestes. Aujourd’hui, bon gré, mal gré, la "Karantika" s’impose comme un élément incontournable de nos tables. La ménagère moderne la cuisine désormais chez elle, car au-delà de son aspect économique, elle sait qu'elle offre un plat hautement nutritif pour les enfants. Loin d'être un plat figé, la "Karantika" est aujourd'hui revisitée : de nombreuses ménagères retravaillent la recette, affinant sa texture pour la rendre plus onctueuse et valorisante. Elle n'est plus un simple substitut, mais un choix délibéré et soigné. C’est une réalité que l’on ne peut cacher car la "Karantika" fait partie de notre identité.
Durant le Ramadhan, elle côtoie même la "Chamia" sur les étals de fortune, témoignant de l'affection indéfectible que lui porte la population. Elle est un patrimoine vivant qui mérite tout notre respect. Faut-il rappeler avec justesse que la "noblesse" d'un plat ne vient pas de son prix, mais de son histoire et de ce qu'il apporte à ceux qui le consomment.
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L'exploitation du «Khammès» dans l'Algérie Coloniale. L'impact socio-économique et la perpétuation
Par H. Med Soltane
Une Double Exploitation : Le système est d'abord le fait des colons pour la mise en valeur de leurs vastes domaines agricoles (vigne, céréales, agrumes), mais il a été également adopté et même intensifié par les propriétaires autochtones (fellahs) qui, imitant les méthodes coloniales et bénéficiant du réservoir de main-d'œuvre dépossédée, perpétuaient l'exploitation de leurs coreligionnaires.
Frein au Développement et à la Modernisation: L'abondance et le faible coût de cette main-d'œuvre ont freiné la modernisation et la mécanisation de l'agriculture, en particulier chez les grands propriétaires autochtones, car l'exploitation humaine restait plus rentable que l'investissement.
Héritage Post-Colonial: Bien qu'officiellement aboli après l'indépendance, le système du Khammès a laissé un lourd héritage social : un immense prolétariat agricole déraciné et des structures de production marquées par des inégalités foncières profondes qui ont longtemps pesé sur les politiques agricoles de l'Algérie indépendante. Le système du Khammès n'est pas seulement un mode de rémunération, mais le symbole de l'aliénation économique et sociale engendrée par la colonisation française. Il illustre parfaitement comment la spoliation foncière a servi de base à une exploitation de la main-d'œuvre réduite à la survie, créant une masse de travailleurs dépendants, dont la condition n'était que très légèrement supérieure à celle de serfs (Sous la féodalité, Personne qui n'avait pas de liberté personnelle, était attachée à une terre (glèbe) et assujettie à des obligations "corvée").
Le système du Khammès, au-delà de sa définition économique, est une blessure inscrite dans la mémoire algérienne. Il ne s’agit pas seulement d’un contrat de métayage, mais d’un symbole de dépossession et d’aliénation. Comprendre le Khammès, c’est comprendre comment la colonisation française a transformé la terre source de vie et de dignité en instrument de domination. C’est aussi saisir la manière dont des générations entières de paysans ont été réduites à la survie, prisonnières d’un cinquième de récolte qui ne nourrissait ni leur corps ni leur liberté.
Le Khammès est donc une figure historique et politique: il incarne la fracture entre un peuple dépossédé et un système colonial qui a fait de l’exploitation quotidienne un outil de contrôle. Étudier ce système, c’est rendre hommage à ces travailleurs invisibles, et rappeler que la terre, confisquée hier, reste aujourd’hui au cœur des luttes pour la justice sociale et la dignité.



