Le Carrefour de Mostaganem

Tourisme. L’hôtel «Ibis», un projet fantomatique*

Par Y. Zahachi

Mostaganem s'affirme comme une destination balnéaire prometteuse, portée par une stratégie nationale volontariste. Depuis son arrivée, des avancées concrètes en matière d'hébergements et d'infrastructures touristiques illustrent la levée efficace des contraintes administratives. Dans ce contexte favorable, le projet d'hôtel Ibis, en attente depuis plus d'une décennie, pourrait bénéficier de cette dynamique pour une concrétisation prochaine, au service du développement harmonieux de la wilaya. À Mostaganem, ces ambitions se traduisent par une capacité hôtelière renforcée: 35 nouveaux hôtels (4.595 lits additionnels) prévus avant juin 2025 dans l'Ouest, s'ajoutant aux 38.387 lits existant dans six wilayas. Le Comité de wilaya de levée des contraintes, présidé par le wali, a débloqué dix dossiers d'investissement en 2024, dont 14 projets touristiques au total, favorisant une offre durable et écologique. Prévu sur un site privilégié offrant une vue panoramique sur la mer et un accès direct au port commercial, il devait compter une centaine de chambres, stimulant l'emploi local et diversifiant l'offre touristique. Pourtant, après trois ans d'attente signalés en 2019, aucune avancée tangible n'a été rendue publique. Des discussions alors rapportées par la presse locale (en octobre 2019) évoquaient une relance imminente, soutenue par la Direction du Tourisme et de l’Artisanat de la wilaya. Rien n'y fit. Rappelons pour mémoire que le projet de l’hôtel Ibis, marque du groupe Accor (120 chambres prévues en amont du port commercial), bénéficie de ce contexte optimisé. Annoncé dans les années 2010 et relancé en 2019, il s'inscrit dans les partenariats public-privé encouragés par la loi 18-14 sur l'investissement touristique. Pourquoi ce projet traîne-t-il autant? Les spéculations pullulent chez les habitants qui expriment leur déception lors de forums locaux, pointant des problèmes complexes et plausibles qui grèveraient, probablement l’assiette même du projet en question, au niveau du promoteur. Aucune communication officielle n'éclaire: ni communiqué d'Accor, qui investit pourtant massivement en Afrique (nouveaux Ibis chez nos voisins de l’Ouest et en Égypte, ces dernières années), ni mise à jour de la wilaya. La Direction du Tourisme de Mostaganem reste muette. Ce silence assourdissant frustre une population avide de développement. Les efforts actuels, audits et simplifications administratives, visent à lever tout obstacle résiduel, foncier ou réglementaire, pour une mise en œuvre rapide. Ces avancées reflètent l'engagement des autorités locales pour un tourisme inclusif, générateur de richesses. Avec 120 km de côtes et un héritage culturel riche, Mostaganem se positionne en modèle de développement équilibré, sous la conduite proactive d’une gouvernance locale et en harmonie avec les directives nationales. La nouvelle année 2026, avec un programme ambitieux, se repose aussi la question sous-jacente, des assiettes foncières libres ou désaffectées «en attente» depuis longtemps.

                                                              *******************************************************************

Le patio «El hawch» a bien rimé avec un mode de vie

Par Lotfi Abdelmadjid

A Mostaganem, les constructions d’habitations des années cinquante ont façonné le mode de vie de leurs occupants qui sont en général des familles nombreuses. On y construisait conformément à un style de vie, celui de la vie en famille, celui du mode communautaire, celui de la cohésion sociale et surtout celui de l’ancrage traditionnel. En effet, en dehors des quartiers européens de l’époque dont l’architecture était conforme à un style hispanique (valencien) surtout, les maisons des arabes à Mostaganem répondaient plutôt à une architecture très simple. Une maison, d’un rez-de-chaussée, de quelques pièces, d’un patio (hawch) et d’une terrasse. Dans certaines maisons on y trouvait un puit pour l’alimentation en eau potable. Dans ces habitations, l’espace qui nous intéresse, c’est celui du patio «El Hawch», ce centre vital qui cultivait chez les habitants une façon de vivre. Le patio avait ses propres fonctionnalités. Sur le centre de ce lieu, on y plantait, généralement, soit un jujubier, soit un figuier, soit un citronnier ou avec au fond une vigne grimpante décorative pour l’ombrage qu’elle fournissait. Sur un coin, il y avait le petit bassin avec le seul robinet à eau potable de la maison comme on pouvait aussi trouver, quelques fois, un puit creusé pour le captage d’eau de nappe. Le patio, entouré de pièces, servait comme espace de toutes les tâches domestiques. Sur cet univers familial, on faisait la lessive hebdomadaire comme tâche collective où l’on sortait toutes les bassines, les planches à lessive et quelques fois la grande lessive à l’approche des grands évènements traditionnels. On y étendait le linge au séchage sur des étendoirs en fil de fer galvanisé de part et d’autre de l’arbre central. En été, ces fils pouvaient aussi servir à sécher la viande pour sa consommation en hiver. On y lavait le blé, on cardait la laine, on préparait les olives et on séchait la tomate pour la conservation. Au-dessous de l’arbre, on posait des cruchettes et des bouteilles enveloppées dans du jute mouillé pour préserver la fraîcheur en l’absence d’appareils frigorifiques. La préparation du henné à la veille du bain maure était un rituel féminin qui s’exécutait à l’ombre de cet espace. La tradition veut que le «Hawch» soit orné de plantes et on y plantait sur un coin, du jasmin, du basilic et du lis pour les bonnes odeurs. C’est ce lieu, pour les familles nombreuses de l’époque, qui servait à tout type d’activités tels que la préparation du grand couscous de cérémonie, «Lala Hlima», la célébration des circoncisions, de mariage et tous types de cérémonies traditionnelles.

                                                              *******************************************************************

Colonisation. L'exploitation du «Khammès» en Algérie

(1ère partie)

Par H. Med Soltane

L'installation de la colonisation française en Algérie (à partir de 1830) a eu pour conséquence directe une rupture radicale des structures foncières et sociales traditionnelles. Par une série de lois et de décrets (privatisation des terres Arch et Habous, déstructurations de la propriété collective tribale), l'Administration coloniale a spolié les populations autochtones d'une grande partie de leurs terres. Cette dépossession massive a généré une main-d'œuvre rurale abondante, sans terre et bon marché, prête à se soumettre aux conditions de travail imposées par les colons et, par extension, par les grands propriétaires autochtones (fellahs). Le système du Khammès est l'expression la plus crue et généralisée de cette exploitation.
La Genèse de l'Exploitation:
Spoliation Foncière et Prolétarisation
L'Arsenal Juridique de la Spoliation: Des textes comme le Sénatus-Consulte de 1863 et la loi de 1873 ont visé à transformer la propriété collective tribale en propriété individuelle de type européen. L'objectif était double: faciliter l'achat de terres par les colons et créer un prolétariat agricole "libre" (dégagé de la terre) et corvéable. L'implantation coloniale a détruit le caractère d'inaliénabilité des terres traditionnelles.
La Création d'un Réservoir de Main-d'œuvre:
Dépouillés de leurs moyens de subsistance traditionnels, les paysans algériens n'eurent souvent d'autre choix que de louer leurs bras. C'est le passage forcé du statut de paysan-propriétaire (même collectif) à celui d'ouvrier agricole ou de khammès.
Le Système du Khammès:
L'Exploitation au Cinquième
Définition et Mécanisme: Le Khammès (littéralement «le cinquième») est un métayage déséquilibré où le travailleur (le khammès ou khemmas) fournit uniquement le travail manuel, tandis que le propriétaire (colon ou fellah) apporte la terre, la semence, les animaux de labour et les outils. En contrepartie de son travail, le khammès reçoit traditionnellement un cinquième (1/5) de la récolte.
L'Économie de Subsistance: le partage au 1/5, même s'il était une pratique précoloniale dans certains contextes (notamment sur les terres beylikales), est devenu sous la colonisation un outil d'oppression généralisé. Le rendement du khammès est souvent à peine suffisant pour assurer la subsistance de sa famille, le maintenant dans un état de pauvreté structurelle et de dépendance constante envers le propriétaire.
L'Endettement et la Dépendance perpétuelle: Dans la pratique, le khammès était souvent contraint d'emprunter à son patron pour vivre, en attendant la récolte. Cette dette, appelée Sarmia, l'enfermait dans un cycle d'endettement qui le liait pour une durée indéfinie au même employeur, annihilant toute possibilité de liberté économique et sociale.

 


ads