A l’aube de l’échéance fatidique du 31 décembre 2025, la wilaya de Sidi Bel-Abbès se retrouve face à un miroir sociologique et administratif saisissant. Le bilan de la mise en conformité des constructions, présenté lors de la quatrième session ordinaire de l’Assemblée Populaire de Wilaya (APW), n’est pas qu’une simple compilation de chiffres; il est le symptôme d’une transition complexe vers une urbanité régie par le droit, après des décennies de sédimentation informelle. Le rapport de la Direction de l’Urbanisme, de l’Architecture et de la Construction (DUAC) révèle une dynamique de régularisation massive bien que contrastée. Sur les 21.178 dossiers déposés depuis la genèse de la loi 15-08 en 2008, 15.386 ont été approuvés, soit un taux de succès notable pour les dossiers traités. Toutefois, l’arithmétique de la régularisation bute sur un reliquat persistant: plus de 1.200 dossiers stagnent encore dans les arcanes des communes (APC) et 2.511 ont été ajournés, révélant une fragilité documentaire chronique chez les pétitionnaires. Si 70 % des dossiers ont franchi l’étape de l’instruction, la "fin de l'anarchie urbanistique" espérée par le législateur se heurte à des réalités géographiques et juridiques tenaces. Les rejets, souvent motivés par l’implantation sur des terres agricoles ou des propriétés communes, soulignent le conflit latent entre la faim de logements et la préservation de la vocation des sols. L’un des points les plus préoccupants soulevés par la responsable du secteur concerne l’inertie des propriétaires. Sur les 14.675 bénéficiaires d’autorisations d’achèvement, 7.360 n’ont toujours pas finalisé leurs travaux. Cette statistique met en lumière l’échec relatif des mises en demeure et pose la question de la capacité financière ou de la volonté citoyenne d’adhérer à un standard esthétique et sécuritaire uniforme. Du côté de l’administration des Domaines, le constat est tout aussi rigoureux : sur 6.316 dossiers examinés, seuls 1.679 actes de propriété ont été effectivement délivrés. Ce décalage entre l’approbation de principe et la consécration du droit de propriété illustre la lourdeur d’une machine administrative que les élus de l’APW n’ont pas hésité à qualifier de bureaucratique. Le débat au sein de l’hémicycle de la wilaya a accouché d'un diagnostic sans concession, assorti de recommandations stratégiques notamment. L’accélération des procédures est désormais impérative pour ne pas transformer la loi 15-08 en un "chantier permanent" sans issue. La formation des agents communaux est identifiée comme le levier essentiel pour fluidifier l’instruction technique des dossiers, un appel à une meilleure communication sur les réductions du prix du foncier et les facilités de paiement lancé, visant à transformer le sujet passif en acteur de sa régularisation. Le wali de Sidi Bel-Abbès a clos les débats en adoptant une posture de fermeté régalienne. En alertant sur des cas de fraude et de falsification, le chef de l’exécutif rappelle que la mise en conformité n’est pas une amnistie aveugle, mais un processus de légalité. Le recours à la justice pour les dossiers rejetés et les poursuites pénales pour les faussaires marquent une volonté claire de restaurer l'autorité de l'État sur le territoire. À quelques heures de la fin du délai de prolongation, Sidi Bel-Abbès se situe à la croisée des chemins. Si la loi 15-08 a permis de sortir des milliers de citoyens de l'ombre juridique, elle révèle aussi l’immensité de la tâche restant à accomplir pour faire de la ville un espace harmonieux, achevé et surtout légal.
Sidi Bel-Abbès. Bilan de la mise en conformité des constructions
- par Mohamed Nouar
- Le 06 Janvier 2026
- 88 visites



